Evènements phares
« Devoir de regard », Pour qui ? Pourquoi ? PDF Imprimer Envoyer

Cette exposition composée de 50 photographies destinée aux adultes et aux étudiants du secondaire a un double objectif :

-          Faire connaitre le combat mené depuis plus de 50 ans par Amnesty International en faveur des droits humains dans le monde à travers 3 thématiques :

  1. La liberté d’expression
  2. Les droits des femmes
  3. Les enfants-soldats

-          Mettre en évidence le rôle joué par la photographie et les photographes dans le combat pour les droits humains :

  1. Montrer, témoigner au moment même de l’événement
  2. Conserver la mémoire individuelle et collective des événements, des figures emblématiques
  3. Appuyer le travail des ONG de défense des droits humains dans leur mission d’identifier, de nommer, de dénoncer les violations des droits humains.

Nous pouvons maintenant affirmer que particulièrement en ce qui concerne le volet scolaire, cette exposition est une réussite puisque c’est auprès de plus de 400 étudiants que le message d’Amnesty est passé.

Sachant que le message d’Amnesty International est essentiel et que cette exposition photographie le représente parfaitement, nous avons en tête le projet d’amener « Devoir de regard » à Verviers afin que la population verviétoise puisse aussi en profiter et donner également l’opportunité à d’autres écoles de venir la visiter, sachant que nous avons dû refuser des groupes par manque de temps.

Nous tenons à remercier le Centre Culturel de Welkenraedt pour cette nouvelle collaboration réussie, la bibliothèque de Welkenraedt ainsi que nos guides : Josette BODSON, Jeanine CHAINEUX, Nadine ANCEAUX et Robert GRAETZ qui nous ont généreusement accordé de leur temps.

 
FESTIVAL PAROLES D’HOMMES 2014 : la régionale PAC vous a présenté « Les Enfants de Jéhovah », création de Fabrice Murgia, le 25 février 2014 au CENTRE CULTUREL DE WELKENRAEDT PDF Imprimer Envoyer

Dans le cadre de la 13ièmeédition du festival Paroles d’hommes, nous avons eu le plaisir de vous proposer le spectacle « Les Enfants de Jéhovah » de Fabrice MURGIA, le mardi 25 février 2014 au centre culturel de Welkenraedt qui a été un franc succès.

En effet, suite à la pièce de théâtre plus que prenante et étonnante notamment grâce aux nombreus moyens techniques, un échange a eu lieu entre les élèves, Fabrice Murgia, metteur en scène de la pièce et Roland Planchar, journaliste et secrétaire de l'asbl AVISO. Cet échange fut riche en informations grâce à un intérêt certain des élèves face au sujet des sectes.

Cet après-midi aura donc permis aux jeunes d'éclaircir le sujet et de prendre conscience des dangers que les sectes représentent, dans une société où en parle pas assez.

En voici quelques photos:

 

 
"L'évolution du phénomène des dérives sectaires en Europe: comment est organisée la lutte à leur encontre sur le plan européen?" PDF Imprimer Envoyer

La deuxième édition du colloque européen consacré au phénomène des dérives sectaires en Europe et organisé conjointement par la régionale PAC et l'asbl d'aide aux victimes AViSO a rencontré un véritable succès.

Cette réussite se doit notamment à la qualité des orateurs mais également à l’organisation de l’évènement, et évidemment au public présent.

Au menu de la journée de colloque :

Deux séances plénières qui regroupaient une belle palette d'intervenants d'horizons divers et issus de plusieurs pays européens:

-          Des témoignages poignants : Christiane Vienne, Fabrice Murgia, Roland Planchar.

-          Des experts en la matière : Serge Blisko, Catherine Picard, Eric Brasseur, Chloé Andries, Hans Werner Carlhoff, Marcel Conradt, Marie-Claire Thomas

Des rencontres, des échanges, un tour d’horizon de l’évolution du phénomène des dérives sectaires en Europe.

Une journée bien chargée qui a permis de faire l’état des lieux de la lutte contre les phénomènes des dérives sectaires dans différents pays européens, de mener une réflexion sur l’évolution de ce phénomène ainsi que mieux comprendre comment est organisée la lutte contre ses dérives et aussi évaluer l'impact des mesures prévues par la législation belge en la matière.

 

Ce colloque a été organisé le samedi 15 juin 2013 à l'ESPACE DUESBERG de Verviers.

Les actes seront publiés à l'automne et seront mis en ligne.

 

Une organisation de:

new_pac         &              Logo

 

Avec le soutien de:

 

La fédération Wallonie- Bruxelles

    Logo_FWB_Verti_Quadri

Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles    

FWB-PARLEMENT_ok

Le Ministère de la Communauté Française - Direction Générale de la Culture

Logo_FWB_Verti_Quadri

Le service CULTURE de la Province de Liège

Culture_Quadri

solidaris

La FGTB VERVIERS, le SPF SANTE ET AFFAIRES SOCIALES, le Ministère Wallon des affaires sociales et de la santé.

 

 

 

 
Actes du colloque du 28 mai 2011: "l'évolution des sectes en Belgique: quels droits pour les victimes?" PDF Imprimer Envoyer

Vous trouverez ci joint l'intégralité des actes du colloque du mois de mai 2011, consacré au phénomène sectaire, et plus précisément au droit des victimes.

ACTES DU COLLOQUE

 










Colloque organisé et présenté par

 

PRESENCE ET ACTION CULTURELLES – REGIONALE DE VERVIERS ASBL 


 

 

 

 

 

 

 

 

SAMEDI 28 MAI 2011                                            VERVIERS 

 

 

 

 

 

 

 

Le Colloque «L’évolution des sectes en Belgique. Quels droits pour les victimes ?» s’inscrit dans le cadre d’une plus vaste démarche de notre mouvement d’éducation permanente de faire un état des lieux de la question avec pour objectif d’ appréhender plus précisément la question de la protection juridique et des droits des victimes face à ces groupes sectaires.

 

 

AVERTISSEMENT : L’éditeur responsable a décidé de transcrire telles quelles les communications verbales des différents intervenants. Ce procédé peut nuire au style écrit mais il a l’avantage de refléter fidèlement ce qui a été dit.

 


 

TABLE DES MATIERES

 

PROGRAMME                                                                                                        p 4

INTRODUCTION                                                                                                    p 5

I. OUVERTURE DU COLLOQUE                                                                          p 6

1.1   Accueil par André FREDERIC, Député Fédéral, Vice-président de la Chambre,  Président de la Régionale PAC de Verviers.

 

II. PREMIERE PARTIE DE PLENIERE                                                                p 10

Animateur et modérateur : Monsieur Olivier TOMEZZOLI, journaliste

2.1.         Intervention de Mme Catherine PICARD, ancienne députée française – France - auteure  de «  La loi dite About Picard de juin 2001».

« Le soutien et l’aide aux victimes des sectes en France »

2.2. Intervention de Mr Henri Pierre DEBORD, Conseiller à la Mission interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) – France.  

«  L’aide aux victimes des dérives sectaires : missions  et rôles des pouvoirs publics. »

2.3. Intervention de Mr  Eric BRASSEUR,  Directeur du Centre d’Information et d’Avis sur les Organisations Sectaires Nuisibles (CIAOSN) – Belgique.  

« La mission d’Information du CIAOSN. »

III. DEBAT-QUESTIONS & REPONSES                                                              p 27

IV. DEUXIEME PARTIE DE PLENIERE                                                               p 32

4.1.   Intervention de Mme Mireille DEGEN, Administratrice de l’Asbl belge « Contacts et Informations sur les Groupes Sectaires » (CIGS) et Secrétaire générale de la Fédération Européenne des Centres de Recherches et d’Information sur le Sectarisme (FECRIS).

«  Etat des lieux des mouvements sectaires en Europe. »

4.2.   Intervention de Mme Anne SCHOMMERS – Belgique.

« Témoignage autour d’un drame familial lié aux dérives sectaires »

4.3.   Intervention de Mr Alain Dauvillé, représentant de l’Association des victimes du Père Samuel – Belgique.

« L’abus de confiance, l’abus de pouvoir  et la manipulation mentale des victimes de sectes »

4.4.   Intervention de Mme Marie PUOPOLO, représentante de l’Association des victimes du Père Samuel - Belgique.

« Témoignage ».

4.5. Intervention de Claudia – Victime membre du Collectif des victimes du Père Samuel – Belgique.

« Témoignage ».

4.6.   Intervention de Mr Roland PLANCHAR, journaliste d’investigation – Belgique.

« L’évolution du phénomène sectaire en Belgique »

V .CONCLUSIONS                                                                                                  p 65

Synthèse et conclusions des plénières Par Mr. Yvan MAYEUR, Député Fédéral et Président du CPAS de Bruxelles. 


 

PROGRAMME

 

COLLOQUE 

« L’EVOLUTION DES SECTES EN Belgique :

QUELS DROITS POUR LES VICTIMES ?»

 

SAMEDI 28 MAI 2011

HOTEL VERVIERS- Rue de la Station, 4-4800 Verviers

 

 

PROGRAMME

9h00 : Accueil et petit déjeuner

9h30’-10h00 : Mot de bienvenue et présentation des objectifs de la journée de colloque par Mr André FREDERIC, Député Fédéral, Vice- Président de la Chambre, Président de la Régionale PAC de Verviers et auteur du livre «Broyeurs de conscience : l’évolution du phénomène des sectes en Belgique»

10h00-12h00: Première partie de plénière. Animateur et modérateur : Olivier TOMEZZOLI, journaliste.

Catherine PIRARD, ancienne Députée française –France-, auteure de la « loi dite About - Picard de juin 2001 » : « Le soutien aux victimes des sectes en France. »

Henri Pierre DEBORD, Conseiller à la Mission interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) – France-, «  L’aide aux victimes des dérives sectaires : missions  et rôles des pouvoirs publics. »

Eric BRASSEUR,  Directeur du Centre d’Information et d’Avis sur les Organisations Sectaires Nuisibles (CIAOSN) - Belgique-, « La mission d’Information du CIAOSN. »

12h30’ à 13h30’ : Lunch de midi (Buffet de sandwichs) – Dédicace du livre d’André FREDERIC.

13h30’ à 16h00:Deuxième partie de plénière. Animateur et modérateur : Olivier TOMEZZOLI, journaliste.

Mireille DEGEN, Administratrice de l’Asbl belge Contacts et Informations sur les Groupes Sectaires (CIGS) et Secrétaire générale de la Fédération Européenne des Centres de Recherches et d’Information sur le Sectarisme (FECRIS). «  Etat des lieux des mouvements sectaires en Europe. »

Anne SCHOMMERS – Belgique- : « Témoignage autour d’un drame familial lié aux dérives sectaires. »

Marie PUOPOLO, représentante de l’Association des victimes du Père Samuel- Belgique-« L’abus de pouvoir et la manipulation mentale des victimes de sectes. » Et témoignages de Alain Dauvillé et Claudia, membres de l’Association des victimes du Père Samuel.

Roland PLANCHAR, journaliste d’investigation – Belgique- « L’évolution du phénomène sectaire en Belgique. »

16h à 16h30 : Pause-café.

16h à 17h00 : Synthèse et conclusions des plénières par Yvan MAYEUR, Député Fédéral et Président du CPAS de Bruxelles.

 

Présence et Action Culturelles asbl – Régionale de Verviers

Isabel MARTIN, Animatrice

Rue Crapaurue, 7 à 4800 VERVIERS

Tél : 0498/10.30.40 – 087/33.75.33

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INTRODUCTION

PRESENCE ET ACTION CULTURELLES- Régionale de Verviers propose une  journée de colloque sur la thématique spécifique de l’évolution du phénomène sectaire en Belgique et permet ainsi de faire un état des lieux de la question et surtout appréhender plus spécifiquement la question de la protection juridique et des droits des victimes des groupes sectaires en Belgique.

Cette journée de colloque s’adresse au grand public, qui, à un moment ou un autre de sa vie pourrait se voir confronté à ce phénomène. Il s’agit donc ici d’un outil large de sensibilisation. Mais s’adresse aussi et surtout à un public cible spécifique : des victimes, familles de victimes, spécialistes et travailleurs du champ social, de la justice, du secteur de la santé, du domaine de l’enseignement, et tout professionnel déjà confronté à des témoignages, ou issus de secteurs professionnels qui sont déjà aujourd’hui envahis par les pratiques de ces groupements sectaires.

Les principaux objectifs d’une telle journée d’étude sont d’une part de conscientiser les citoyens aux dangers des sectes qui profitent du désarroi dans lequel peuvent se trouver des personnes fragilisées par la vie, et en quête de spiritualité, surtout dans le monde de plus en plus individualiste qui est le nôtre. D’autre part, initier une réflexion et susciter un débat sur la recrudescence de ces groupements sectaires, qui sont particulièrement doués pour vivre avec leur époque et attirer dans leurs filets les personnes en détresse, par le biais de techniques de plus en plus sournoises, s’engouffrant aujourd’hui dans les domaines les plus variés, de la formation à l’enseignement, en passant par le sport ou le bien être. Enfin, faire un état des lieux des mesures prévues par la législation belge contre l’emprise de tels groupes et proposer des pistes de réflexion sur les modèles de nos voisins européens. Raison pour laquelle le panel d’invités ne se limite pas à des acteurs belges dans le domaine.

Permettre aux citoyens d’être vigilants à l’égard de groupes suspects, mais aussi être en mesure de repérer des comportements qui pourraient être synonymes de manipulations mentales.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. I.    OUVERTURE DU COLLOQUE

 

 

André FREDERIC, Député Fédéral, Vice-Président de la Chambre, Président de la régionale PAC de Verviers et auteur du livre «Broyeurs de conscience : l’évolution du phénomène des sectes en Belgique»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1.1         Accueil par André FREDERIC, Député Fédéral, Vice-président de la Chambre, Président de la Régionale PAC de Verviers

Aujourd’hui, je  vous accueille pour ce colloque consacré au thème général de  l’évolution des mouvements sectaires en Belgique. Certains mouvements posent question en Belgique  et, par extension, il s'agit d'une préoccupation bien actuelle, que nous traitons aujourd’hui.

 

  1. a. Qu'en est-il des victimes ?

Dans le travail que nous menons depuis plusieurs années en Belgique, nous avons bien dû admettre qu’il y avait un manque important d'assistance et d’aide aux victimes. En Belgique, à aucun niveau institutionnel, il n’existe aucune association d’aide et/ou d’écoute aux victimes. Nous ne parlons pas ici des personnes qui décident, à un moment donné, d’opter librement pour une croyance, une conviction, mais nous entendons par "victimes" celles et ceux qui, tombé(e)s sous l’emprise mentale d’une organisation, ont été amené(e)s  à poser des actes qu’ils n’auraient même pas imaginé poser s’ils avaient pu en décider librement.

Aujourd'hui, nous allons donc tenter non seulement d'approfondir notre réflexion mais aussi de dégager des pistes de réflexion pouvant nous permettre de progresser dans la mise en place de services d'aide et de soutien aux victimes.

 

Pour ce faire, nous serons éclairés par des intervenants et des personnalités jouant un rôle dans le suivi de ces organisations qui posent question ou qui font partie d’organisations de soutien aux victimes, en France comme en Belgique.

 

En tant que président de la régionale PAC de Verviers (Présence et Action Culturelles – mouvement d’éducation permanente), je me dois de remercier  les pouvoirs publics qui nous ont soutenus. Ceci indique qu’il y a une forme de reconnaissance du travail effectué jusqu’à ce jour : la Fédération Wallonie-Bruxelles (ex Communauté Française), la Région Wallonne, ,la Province de Liège, la Ville de Verviers. Remercier tous les intervenants, dont certains viennent de Paris pour découvrir Verviers ! Remercier encore et tout particulièrement Isabel Martin – animatrice coordinatrice de la régionale PAC de Verviers ainsi que Bruno Heuse, animateur adjoint. Ils se sont donnés sans compter pour que cette journée soit une réussite et, qu'à son terme, elle nous permette de réfléchir ensemble et construire "quelque chose". Je remercie enfin mon chef de groupe socialiste au Parlement fédéral, Thierry Giet, qui nous fait l’honneur de sa présence.

 

Je ne vais pas vous rappeler en détails l’histoire de la réflexion belge sur les organisations sectaires. Vous savez toutefois que, suite au drame du Temple Solaire,  a été mise en place une Commission parlementaire en 1996 sur le sujet. Ce qui a permis d'élaborer un certain nombre de recommandations dont certaines ont été concrétisées, sous différentes formes.

 

En Belgique, il y a maintenant des magistrats de référence au sein des parquets, une cellule « terrorisme et sectes » au sein de la Police fédérale, des missions de la Sûreté de l’Etat et la création du C.I.A.O.S.N. - Centre d’Information et d’Avis sur les Organisations Sectaires Nuisibles -  dont le directeur,  Monsieur Eric Brasseur, est parmi nous et s’exprimera en fin de matinée.

 

Notre code pénal a été également complété de façon à lutter contre certaines dérives, comme par exemple la loi sur la dissolution des ASBL, la confiscation des biens, la pratique illégale de la médecine, la protection des témoins, etc.

 

Il y a quelques années, j’ai également souhaité que le Parlement fédéral évalue ce qui avait été mis en œuvre suite à cette commission parlementaire et c'est ainsi que j’ai présidé un groupe de travail où l’ensemble des partis démocratiques de notre pays étaient représentés. Ce groupe de travail avait pour objectif d'établir ce qu'il manquait à notre législation et de faire le point sur l’évolution des dites organisations sectaires  nuisibles.

 

Nous avons pu constater qu'en une décennie il y avait eu des changements significatifs ainsi qu’une évolution quantitative. Des organisations amenaient des questions auprès du C.I.A.O.S.N. Des centaines de questions tant sur des pratiques de dérives sectaires de grandes organisations que sur des pratiques individuelles.  Ces dernières représentent une évolution importante. En effet, les mises sous dépendance de personnes à personnes sont souvent le chef de pseudo-thérapeutes, et on sait que le titre de thérapeute est un titre qui n’est pas protégé en Belgique, et qui donc, peut engendrer des dérives potentielles. La France, quant à elle l’a fait.

 

Cette évolution quantitative est aussi « qualitative » : on est passé de grandes organisations millénaristes, apocalyptiques, annonçant la fin du monde, etc…, à une grande diversification dans toute une série de domaines comme par exemple la formation professionnelle, le développement personnel, et aussi, de manière très interpellante, dans le domaine de la santé.

 

Entendons-nous bien, je n’ai rien contre le fait qu’un adulte choisisse librement, de sa propre initiative, de faire « passer la lumière » dans une organisation de la région verviétoise. Mais, où cela me pose réellement problème, c’est par exemple quand une femme décide d’abandonner une chimiothérapie pour soigner son cancer du sein par le « passage de la lumière »! J’ai peut-être un esprit un peu trop cartésien mais là, il y a des dérives tout a fait inacceptables !

C'est en regard de ce genre de pratiques que nous travaillons. Personnellement, je ne juge pas les organisations, je ne juge pas les choix pris par les personnes, mais ce qui m’inquiète, ce sont les dérives découlant de toutes ces pratiques et de là, les actes  que ces personnes sont amenées à poser, actes qu’elles n’auraient pas posés de façon réfléchie !

Ici, en Belgique, dans le travail qui est mené avec Thierry Giet et Yvan Mayeur ici présents, nous essayons de faire avancer les idées dont une en particulier, et ce en se tournant vers la France et sa loi dite "About-Picard", votée grâce au travail remarquable notamment de Catherine Picard, également parmi nous et qui prendra également la parole.

Quand on voit le nombre d’organisations et de personnes ayant pu être condamnées grâce à l’adoption de cette loi, je tiens à le souligner, à l’unanimité à l’Assemblée nationale française... Nous ne pouvons qu’applaudir l’efficacité de la loi "About-Picard" !

On nous dit qu'il s'agit d'une loi antisectes mais, en France, le résultat ce n’est pas cela ! Depuis 2002, la loi " About-Picard " a permis de condamner 5 ou 6 organisations par an pour faits sectaires et avec des effets inattendus que nous avons intégrés dans notre proposition de loi belge,  à savoir l’abus de faiblesse, notamment envers les personnes âgées. Notre volonté est d’ajouter, dans le Code pénal, une incrimination qui permette de condamner quelqu’un qui, sciemment, en connaissant l’état de faiblesse d'une personne, l’a mise sous tutelle, sous dépendance, et lui a fait commettre des actes qu’elle n’aurait pas commis en d’autres circonstances.

Je tiens à préciser que, dans le cadre de la préparation de cette loi, nous avons eu le soutien formel de nombreux acteurs, dont des magistrats, et en particulier le Procureur général de Liège, Cédric Visart de Bocarmé, lequel   est venu nous dire de voter au plus vite cette loi parce que les magistrats en ont besoin au quotidien !

Ce texte a finalement été adopté par la Chambre.

Sachez encore qu’avec Yvan Mayeur, nous avons décidé de mettre sur pied une association d’aide aux victimes dans l’espace francophone, cela existant déjà du côté néerlandophone. En effet, nous, francophones,  sommes en retard à ce niveau et nous comptons tout mettre en œuvre pour résorber ce retard, afin d’aider les victimes à s’extirper de ces organisations qui les ont « enfermées », ont essayé de les aveugler, pour "broyer leur conscience", reformater leur cerveau, et …. vider leur portefeuille !

Tous, je vous remercie vivement d’avoir pu, aujourd’hui, consacrer un peu de votre temps à cette problématique en participant à ce colloque.

 

 

  1. II.    PREMIERE PARTIE DE PLENIERE

 

2.1.    Intervention de Mme Catherine PICARD, ancienne députée française et co-auteure  de « La loi dite About Picard» – France

 

« Le soutien et l’aide aux victimes des sectes en France »

Je tiens d’abord à remercier toutes les personnes ici présentes, et en particulier André Frédéric, pour son travail et sa ténacité dans une problématique que nous partageons, surtout quand on connait la difficulté qu’il y a de légiférer en la matière.

Le travail préparatoire que cela implique (car il ne s’agit pas d’un simple copier- coller de la loi française) est une vraie initiative, une volonté politique, une capacité de porter un projet dans l’intérêt général pour l’ensemble des victimes et de leur famille qui subissent à un moment donné de la maltraitance, des atteintes à leur dignité et qui se voient enlever leur capacité à exercer leur droits de citoyens dans les domaines de l’éducation, de la santé, dans les choix de la vie quotidienne, ce qui altère d’une part leurs capacités physiques et d’autre part l’exercice d’une citoyenneté éclairée.

Nous nous joignons ici dans un but de collaboration forte avec d’une part, André Frédéric, et d’autre part les partenaires institutionnels de nos deux pays pour chercher simplement à inverser le rapport de force entre la capacité à faire respecter le droit dans les pays européens, contre ceux qui n’ont de cesse de le bafouer, le dévier et de plus de s’en vanter.

Comme André Frédéric l’a dit, le texte de loi sur l’abus frauduleux de l’état de faiblesse vient de passer en première lecture en commission de la justice. Il s’agit d’un texte important qui permettra enfin aux victimes un recours en justice. Pourquoi cela a-t-il tant d’importance ? Parce qu’au-delà de la maltraitance physique et psychologique, il s’agit bien de protéger les personnes abusées dans tous les actes de la vie ordinaire. Ce que les mouvements sectaires aujourd’hui ont bien compris. En effet, ils se sont scindés et sont de plus en plus discrets dans leur composition, tout en étant présents dans des secteurs importants comme la formation professionnelle, la santé, et tout ce qui concerne le bien-être.

Je rejoins ici André, en disant qu’importe si les gens ont besoin d’avoir des petits cailloux sur leur table de nuit. Le problème n’est pas d’avoir un jugement moral sur les contenus qui sont amenés à être donnés, mais de penser que ces techniques de tout ordre ne peuvent pas être des outils d’emprise sur les individus.

Par conséquent, nous travaillons sur deux thèmes : l’emprise mentale, appelée couramment la manipulation mentale, c’est-à-dire la mise en état de sujétion physique ou psychologique et en second lieu le secteur de la vulnérabilité.

Le code pénal français connaissait déjà bien ce secteur qui touche les femmes enceintes, les personnes handicapées, les personnes âgées et les mineurs.

En effet, en France, les mineurs sont déjà fortement protégés par un droit assez pertinent. Pour les autres catégories d’individus, on remarque que les personnes majeures n’étaient protégées que sur la partie financière et non sur l’intégrité, l’atteinte à la dignité des personnes qui sont les faits des mouvements sectaires. L’escroquerie financière est l’un des sujets d’atteinte à la dignité, cependant ce n’est plus le seul et unique sujet qui peut être considéré comme attentatoire à la dignité. Il y a également toutes ces méthodes qui sont dites asservissantes, avilissantes, que nous ne pouvons tolérer.

Le texte, ce n’est pas tout. C’est une grande progression, mais ce n’est jamais qu’un outil au service de la justice et des magistrats, mais encore faut-il qu’ils s’en servent.

C’est pourquoi nous avons mis en place avec la mission interministérielle auprès du Premier ministre des séances de formation à l’école nationale de la magistrature. Nous voulons sensibiliser les avocats aux phénomènes sectaires, car c’est une forme de victimologie particulière, qui s’étale dans le temps. Evidemment, la victime parcourt un long chemin avant de prendre conscience de sa condition de victime et lui rappeler qu’elle a le droit de réclamer réparation est essentiel, car en bout de course cette démarche est importante pour sa restructuration.

Malheureusement, la victime sectaire suit un long parcours avant de se déclarer, d’oser affronter la justice et même de faire le pas vers des associations, parce que c’est un cheminement assez dur où il faut admettre qu’on a été trompé. On constate même souvent que les victimes sont devenues bourreau par la suite. Ces victimes ont énormément de difficultés à passer le cap, à se retourner, pour dire que ce n’est plus possible, chercher de l’aide, protéger et obtenir réparation. Voilà en quoi c’est difficile, et voilà pourquoi tout le travail de prévention est important à mettre en place.

Le texte, donc, n’est pas tout. Il a été adopté en France en juin 2001 et la première jurisprudence est arrivée en 2004. On peut compter qu’il y a en moyenne cinq affaires portées au pénal par an. En ce moment, il y a une centaine d’instructions en cours à la Direction des affaires criminelles et des grâces.

L’action principale des magistrats sera portée sur le texte sur l’abus frauduleux de l’état de faiblesse. Plus on légifère dans un sens, plus on laisse aux gens la possibilité d’accéder à leur défense.

En raison de la prescription de trois ans pour certains types de délits commis, on évoque ici de préférence des affaires d’importance relativement graves, comme des décès, dont ceux de mineurs, ainsi que des décès de personnes empêchées de se soigner, des escroqueries à caractère criminel en bandes organisées, des infractions importantes dont les délais de prescription sont plus longs.

Le soutien aux victimes de dérives sectaires ne peut se réaliser que si un certain nombre de critères sont remplis, comme une volonté politique d’endiguer le fléau, une capacité à monter des outils de prévention dans un pays en ayant les partenaires institutionnels qui eux-mêmes mettent en place des commissions de réflexion et des groupes d’éthique dans les domaines de l’éducation, la santé, la justice, la cohésion sociale.

Nous étudions la manière dont on peut légiférer pour enrichir les textes mais aussi comprendre et porter auprès du plus grand nombre le phénomène. D’ailleurs, une part importante qu’il ne faut pas oublier pour le phénomène, c’est la médiatisation. S’il n’y avait pas eu cette médiatisation lors des grands drames comme le temple Solaire, le métro de Tokyo, Wacco au Texas, il n’y aurait pas eu ces faits portés avec autant d’acuité auprès du grand public.

J’ajouterai également que les associations jouent un rôle majeur dans le travail de prévention auprès du public.

Nous continuons de notre côté à réfléchir dans un souci de faire bénéficier des expériences, positives, mais aussi avec des échecs, pour essayer de voir comment, en Belgique, on pourrait mettre en place un réseau associatif sur l’ensemble du territoire, qui permette à la fois de faire ce travail de veille documentaire, d’information des pouvoirs publics. De créer des partenariats avec les services sociaux, la justice, les avocats, et surtout de pouvoir accueillir et accompagner les victimes . Le rôle des associations n’est pas de se mettre à la place des victimes, qui elles, ont déjà été totalement formatées pour suivre des directives qu’elles regrettent amèrement, tant financièrement, que physiquement et psychologiquement, mais bien d’accompagner les gens afin qu’ils puissent trouver une forme de réparation et un chemin qui va les ramener dans la vie publique à la place qui est la leur, celle d’un citoyen éclairé.

C’est donc un long travail qui nous attend pour mettre sur pied cette association d’aide et d’écoute aux victimes. Pour prendre l’exemple de la France, nous avons, l’UNADFI, une union de 29 associations et 11 antennes, réparties sur l’ensemble du territoire français, et qui a pour mission d’accompagner les victimes et de trouver pour elles les solutions les plus appropriées.

La première de ces associations est née en 1974. Cela indique que le travail s’inscrit dans la durée, que le phénomène sectaire n’est pas nouveau.

Si la plupart des grands mouvements sont nés dans les années 50, dans l’après-guerre, l’installation sur le territoire européen s’est faite certes avant, mais n’a été visible que grâce à la médiatisation d’événements début des années 1970. Avec une véritable prise en compte de l’Etat en 1995. On a légiféré sur le texte principal en 2001, avec par la suite des amendements apportés aux différents textes, comme la loi d’encadrement du métier de psychothérapeute, parce que toute profession non-encadrée est une béance pour s’y installer. Il y a aussi le métier de formateur sur lequel nous sommes en train de réfléchir. A partir du moment où dans une profession il y a un cadre déontologique, où le patient, le client, l’usager, peuvent avoir une référence légale, qui conduit à ce qu’on a le droit ou pas de faire, cette règlementation peut nous aider à être plus vigilant notamment dans le domaine de la santé physique ou psychique.

Il y a eu également des textes sur un resserrement de la capacité d’enseigner aux enfants, surtout aux enfants des autres à la maison, ce qui permet d’éviter le regroupement de mineurs dans des lieux qui n’en ont pas l’accréditation.

Il y a eu des textes dans le domaine de la santé, c’est pourquoi les ordres des médecins et de la kinésie ont décidé d’adopter des mesures sur l’interdiction de massages, autres que par des professionnels.

Lorsque vous allez dans des salons de bien-être pour des massages de type tantrique, ayurvédique et tous ces noms qui sont imaginables, la dérive sectaire se fait par trait d’union avec des termes de plus en plus ronflants et des noms pseudo-scientifiques.

En conséquence, le Conseil d’Etat a donné raison à l’ordre des kinésithérapeutes. En effet, prenons l’exemple de la France, les massages ne peuvent plus y être effectués que par des professionnels, notamment le massage-modelage pour les esthéticiennes et tous les autres massages par les kinésithérapeutes.

En dehors de ça, le reste est en infraction par rapport aux textes de loi établis par le Conseil d’Etat. On voit ici tout l’intérêt de ce partenariat avec les différentes professions susceptibles d’être touchées par les mouvements sectaires. C’est donc un travail complexe, qui demande un engagement très fort.

L’UNADFI (Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu victime des sectes- FRANCE) est une sorte de centre d’accueil qui regroupe des organisations formées à l’accueil, à l’écoute et qui sont les relais vers les pouvoirs institutionnels sur le territoire qu’elles recouvrent. Ce centre d’accueil a aussi quatre grandes missions.

Premièrement, faire une veille sur ce qui se passe autour des sectes en tant que telles. Il faut appeler un chat un chat, on voit bien de quoi on parle, on connait les plus grandes. Cette veille, à la fois en France, en Europe et dans le monde, permet de comprendre que le phénomène sectaire est de plein pied dans la vie courante et s’installe dans toutes les évolutions de la société. Ainsi, ce sont des demandes légitimes accomplies, de vous et de moi, dans des secteurs particuliers. Mais à ces demandes légitimes, il y a des réponses d’escrocs. Il est donc intéressant de regarder l’évolution dans d’autres pays. On voit qu’aux Etats-Unis ça bouge dans certains secteurs, il y a une forte mobilisation en Australie. Et chez nous en Europe, bon an mal an, nous menons notre petit bonhomme de chemin.

Deuxièmement, cette veille, il faut la transformer en information et la diffuser. C’est la deuxième mission de l’UNADFI où le personnel formé en documentation, a pour objectif de veiller, collecter, transformer l’information pour réaliser des publications.

Troisièmement, parlons de l’aspect formation. De part notre intégration dans le conseil d’orientation de la MIVILUDES, la Mission interministérielle auprès du Premier ministre, qui renforce notre partenariat ; nous participons aux groupes de travail dans les ministères, au sein des organismes pour la formation professionnelle. Nous avons véritablement un pied là où il se passe quelque chose en matière de réflexion et surtout de travail pris avec de la distance.

Encore une fois, il ne s’agit pas d’être attentatoire par rapport à des pratiques, à la liberté de conscience. Ce ne sont pas les idées que nous défendons, mais au contraire être attentifs à ce qui peut être une dérive, une emprise sur un secteur de vulnérabilité.

Quatrièmement, la grande mission de l’UNADFI, à partir du moment où elle est reconnue d’utilité publique, c’est sa capacité d’attaquer en justice et de se porter partie civile pour la victime. Ce qui nous amène à être présents dans les prétoires auprès des victimes ou des associations concernées.

Je ne sais pas si notre rôle est modélisable et transposable dans une autre législation. Le propos n’est pas là, mais de partager une expérience et de voir la capacité d’adaptation dans d’autres systèmes parlementaires, oui.

Avec la Belgique, nous avons globalement le même Code pénal, et en Europe nous avons en grande partie la même manière d’aborder le problème, avec les mêmes systèmes, avec les mêmes critères très forts de croyance en une laïcité protectrice pour les individus, un respect de la sphère privée dans laquelle peut s’exercer une spiritualité, une philosophie ou même d’autres pratiques. Cette proximité de pensée, cette proximité historique, nous favorise bien pour travailler.

D’autres pays, en Europe, ont la même réflexion. Le travail se met en place. Ce sera à chacun de picorer dans l’arsenal juridique des autres, dans leurs manières de faire et trouver ce qui est le plus intéressant dans son pays. Je pense à des pays comme la Croatie, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, qui sont en réflexion permanente, qui ont un retard, non pas en termes de volonté, mais de faisabilité. A eux de trouver le chemin pour y arriver comme nous l’avons fait après un certain cheminement, en Belgique et en France. Et je peux vous assurer de notre soutien, à l’UNADFI, pour vous apporter toute l’aide nécessaire, notre savoir-faire, à des constructions futures et des réflexions dans ce sens en Belgique.

 

 


 

2.2.    Intervention de Mr Henri-Pierre DEBORD, Conseiller à la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) – France

 

«L’aide aux victimes des dérives sectaires : missions  et rôles des pouvoirs publics»

 

La mission interministérielle est  aussi honorée d’être présente à ce colloque.

Nos deux positionnements,  avec celui de Madame Picard, sont d’un intérêt égal, en sachant que l’ensemble des acteurs de la société doit être impliqué dans la prise en charge des victimes.

On parle d’une prise en charge multiformes qui ne peut réellement déboucher sur une efficacité opérationnelle que grâce à cette complémentarité, ceci si l’on veut bien passer de la veille, de l’observation à la lutte contre les dérives sectaires.

C’est cette complémentarité, ce gage d’efficacité, et ici le rôle de l’Etat, que je vais vous présenter.

Les modalités de la prise en charge des victimes de dérives sectaires par les pouvoirs publics est effective. D’une part l’ensemble des administrations de l’Etat, en englobant les fonctions publiques territoriales et hospitalières, et d’autre part la justice.

La France conduit depuis 1996 une politique publique face au développement du phénomène sectaire, en commençant par le constat de l’existence des victimes. Un constat qui implique les individus et la société mais aussi un constat plus indirect, qui concerne l’environnement familial, social et professionnel.

Il faut reconnaître dans notre démarche l’antériorité de la démarche associative, à travers la « défense des familles et de l’individu » (UNADFI) et l’action « contre les manipulations mentales » prise en charge par le CCMM.

De son côté, l’Etat français a fait le choix d’un engagement dans le sens de l’attente des victimes en termes d’écoute, de conseil, d’aide et d’accompagnement dans leurs démarches. Mais aussi par  l’action administrative et judiciaire. Je citerai ici une phrase du discours d’inauguration de la « Fédération nationale d’aide aux victimes et de médiation » INAVEM en 1986 : «Toutes les victimes, quelle que soit la cause de leurs malheurs, ont le droit à la considération et à la solidarité ».

La légitimité des pouvoirs publics dans l’action d’aide aux victimes de dérives sectaires se justifie par  la connaissance des diverses formes d’expression du phénomène sectaire et de ses caractéristiques quantitatives et qualitatives qui est de la responsabilité de l’Etat en raison de sa mission de:

  • défense du principe de laïcité ;
  • protection des libertés publiques ;
  • sauvegarde des libertés fondamentales ;
  • prévention et répression des agissements de groupes qui exploitent la sujétion physique et psychologique de leurs membres.

C’est la mission de la MIVILUDES d’observer et d’analyser ces phénomènes.

La légitimité des pouvoirs publics dans l’action d’aide aux victimes passe également par une exigence de cohérence de l’action de l’Etat sous la responsabilité de la MIVILUDES (circulaire PM 27 05 2011) et une capacité d’analyse transversale de la Mission interministérielle, destinataire de l’ensemble des informations détenues par les services de l’Etat (décret 2002-1392) ; mais aussi au travers de missions clairement définies favorisant tant l’action publique que la relation avec la société civile et les citoyens (victimes).

Une véritable action de terrain doit être menée afin de rechercher et d’identifier, dans le périmètre d’attribution de chaque administration, toute activité quelle que soit sa forme, susceptible de revêtir un caractère « sectaire » parce qu’elle place les personnes qui y participent dans une situation de sujétion ou d’emprise et tire profit de cette dépendance (Circulaire PM du 27 mai 2005).

« L’action engagée doit être poursuivie grâce au dispositif, sans égal en Europe, mis en place tant au niveau national que local »

Quelles sont les modalités d’action mises en œuvre pour faire vivre cette indispensable coordination de moyens, « clef de voûte » d’une politique de prise en compte des droits des victimes de dérives sectaires par l’Etat?

Quelles sont les finalités d’action de la MIVILUDES dans la défense des droits des victimes de dérives sectaires :

Premièrement, observer et analyser le phénomène de mouvements à caractère sectaire nécessite :

  • un besoin de disposer d’une documentation de référence exhaustive, prenant en compte toutes les sources disponibles et incontestables ;
  • une observation et une analyse des risques : deux modes d’action complémentaires pour détecter et mettre en lumière des faits répréhensibles ;
  • un fondement de la mise en œuvre de moyens de révélation de liens entre exercice de pressions et commission de délits et de crimes.

Deuxièmement, favoriser, dans le respect des libertés publiques, la coordination de l’action préventive et répressive des pouvoirs publics à l’ encontre d’agissements reconnus comme:

  • attentatoires aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales (protection de la dignité de la personne humaine) ;
  • qui constituent une menace pour l’ordre public (protection des citoyens notamment par l’instauration de mesures de précaution) ;
  • contraires aux lois et règlements (le non respect du droit comme cause de préjudices portés aux victimes d’actes relevant de l’article 223-15-2 du CP).

A ce propos, l’article 223-15-2 du Code pénal français stipule que :

«Est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende l’abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de situation de faiblesse soit d’un mineur, soit d’une personne dont la particulière vulnérabilité due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou un état de grossesse, est apparente ou connue de son auteur, soit d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l’exercices de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire ce mineur ou cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables ».

Troisièmement, développer l’échange des informations entre les services publics sur les pratiques administratives dans le domaine de la lutte contre les dérives sectaires afin de :

  • favoriser la prise en charge des témoignages et des plaintes de personnes qui s’estiment victimes des agissements ou du fonctionnement de mouvements à caractère sectaire ;
  • accompagner l’action de la CAÏMADES (Cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires- OCRVP-Ministère de l’Intérieur) et développer l’échange d’informations entre cette «cellule», les services de police et de gendarmerie et la MIVILUDES.

Quatrièmement, contribuer à l’information et à la formation des agents publics dans ce domaine en vue de développer la capacité des administrations à :

  • prévenir le phénomène (ex: Education, Santé, Cohésion sociale) ;
  • détecter des délits constitutifs de dérives sectaires (Services d’enquête et de contrôle) ;
  • révéler l’existence et/ou émettre un soupçon de dérive sectaire.

Article 40 (Code de Procédure pénale)

«…Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès verbaux et actes qui y sont relatifs».

Article 40-1 (Code de Procédure pénale)

«Lorsqu'il estime que les faits qui ont été portés à sa connaissance en application des dispositions de l'article 40 constituent une infraction commise par une personne dont l'identité et le domicile sont connus et pour laquelle aucune disposition légale ne fait obstacle à la mise en mouvement de l'action publique, le procureur de la République territorialement compétent décide s'il est opportun :

  • Soit d'engager des poursuites ;
  • Soit de mettre en œuvre une procédure alternative aux poursuites en application des dispositions des articles 41-1 ou 41-2 ; Soit de classer sans suite la procédure dès lors que les circonstances particulières liées à la commission des faits le justifient».

Cinquièmement, informer le public sur les risques, et le cas échéant, les dangers, auxquels les dérives sectaires l’exposent et de faciliter la mise en œuvre d’actions d’aide aux victimes de ces dérives par:

  • La publication de rapports, guides, lettres d’information et notes d’avis ;
  • Des réponses aux courriers de demandes d’avis et d’assistance ;
  • Des interviews donnés à la presse et autres medias ;
  • La prise en charge administrative des dossiers ;
  • La transmission de signalements aux procureurs de la République.

Sixièmement, participer aux travaux relatifs aux questions relevant de sa compétence menés par le ministère des affaires étrangères dans le champ international : faire entendre la position officielle de la France dans des enceintes (ONU, OSCE, Conseil de l’Europe) où la notion même de «victime de dérives sectaires» est niée par les représentants de mouvements ou de groupes d’influence favorables aux organisations à caractère sectaire, rassembler des informations sur l’activité menée à l’étranger par des dirigeants français de mouvements soupçonnés de dérives sectaires.

Septièmement, participer aux travaux relatifs aux questions relevant de sa compétence menés par le ministère des affaires étrangères dans le champ international :

  • rassembler des informations sur l’activité menée à l’étranger par des dirigeants français de mouvements soupçonnés de dérives sectaires;
  • porter assistance;
  • instaurer et développer des échanges avec nos homologues étrangers et des administrations compétentes dans les pays de l’Union Européenne;
  • promouvoir un «projet de prévention des risques et défense des mineurs contre les dérives sectaires à l’échelle européenne».

Regards vers l’avenir … :

  • la mise en œuvre d’une politique publique de cette nature requiert une recherche constante de synergie ;
  • aucune source d’information n’est suffisante pour attester de l’existence de dérives sectaires ;
  • l’action coordonnée des services est un atout majeur pour révéler des dérives qualifiables de sectaires (cumul d’infractions explicatives de la dérive) ;
  • la « sécurité juridique » loin d’affaiblir l’action menée ne fait que mieux garantir l’efficacité de l’action menée par le gouvernement (Circulaire PM 27 05 2005) ;
  • la recherche d’efficacité exige l’optimisation des ressources et la capacité de  « comprendre » les témoignages des victimes à la lumière de la connaissance du fonctionnement des mouvements impliqués.

Aujourd’hui :

  • la reconnaissance des droits des victimes est acquise ;
  • la contestation de ce droit fait partie du discours des mouvements à caractère sectaire ;
  • la coordination des actions administratives et judiciaires est un atout pour la prise en compte de l’expérience des victimes.

 

 


2.3.    Intervention de Mr  Eric BRASSEUR,  Directeur du Centre d’Information et d’Avis sur les Organisations Sectaires Nuisibles (CIAOSN) – Belgique

 

«La mission d’Information du CIAOSN»

 

Avant d’entamer le cœur du sujet, je voudrais remercier Monsieur André Frédéric pour le soin qu’il apporte au dossier des victimes, de sa lutte pour que leurs droits soient reconnus, mais aussi le souci permanent qu’il a de défendre les missions légales du CIAOSN (le centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles) qu’on appelle communément l’observatoire des sectes. Ces deux soucis se rejoignent, puisque le centre est là notamment pour informer le public, et donc également les victimes, sur leurs droits et leurs obligations, sur les moyens de faire valoir ces droits dans le cadre des phénomènes sectaires.

 

Le Centre est là aussi pour informer tout demandeur, y compris les victimes et leurs proches, sur les groupes et les problèmes auxquels ils estiment être confrontés. En ce sens, l’association de terrain que Messieurs Frédéric et Mayeur souhaitent mettre sur pied, et qui se chargera des victimes, pourra transmettre au CIAOSN toutes les demandes émanant de celles-ci, et le Centre y répondra comme le veut la loi.

 

Le législateur, en instituant le Centre, a voulu d’ailleurs que des membres d’associations de terrain d’aide aux victimes soient présents parmi les membres du conseil d’administration. Ce fut le cas depuis le premier jour jusqu’à maintenant. Des victimes étaient présentes lors des travaux de la Commission parlementaire, dans les recommandations de cette Commission, et sont présentes au sein du conseil d’administration du Centre et le sont toujours.

 

Je profite de l’occasion pour saluer Madame Degen, présente ici et qui prendra la parole tout à l’heure et rappeler le rôle personnel qu’elle a joué dans la défense des victimes, bien avant la Commission d’enquête sur les sectes.

 

Les associations de terrain sont un lien nécessaire entre les citoyens concernés et les autorités. Elles relaient les demandes, soutiennent et écoutent les personnes en détresse. Ces missions d’écoute et de soutien psychologique ne faisant pas partie des missions du CIAOSN. La mission d’accueil et d’accompagnement des victimes est importante, c’est pourquoi nous sommes très heureux de voir  la création de cette association de terrain, qui va fédérer, dans la partie francophone du pays, et de fait aider les personnes sur le terrain qui souffrent et qui sont victimes, comme cela existe déjà dans la partie néerlandophone du pays. C’est aussi pour cela que je me réjouis de l’avancement de la proposition de loi «abus de situation de faiblesse», qui est l’axe primordial sur lequel il convient de  travailler dans le cadre du phénomène qui nous occupe.

 

Et DE rappeler également qu’il reste à protéger le titre de psychothérapeute, qui est encore un axe important pour le travail parlementaire. Dans le passé, le CIAOSN a déjà fait des recommandations dans ce sens auprès des autorités concernées : la Justice et la Santé. Cela nous tient à cœur.

 

La principale mission du CIAOSN, c’est l’information. L’information, c’est la prévention des risques. C’est ce qui permet aux personnes de connaître et de savoir.

 

Mais en préambule, j’aimerais m’arrêter quelques instants sur un point méconnu : les cultes. Comme cultes reconnus, il y a le catholicisme et l’anglicanisme, le protestantisme, le judaïsme, le culte orthodoxe et l’islam. Le protestantisme et c’est important, s’est élargi à des Eglises pentecôtistes et évangéliques. Puis, à ce pluralisme, s’est joint un équivalent septième culte reconnu, la laïcité organisée, qui est affaire philosophique. Depuis lors, le bouddhisme est associé à l’ensemble dans un cadre plus philosophique que professionnel, avec à ce stade un statut temporaire. Enfin, nous voyons que l’hindouisme est en train de s’organiser pour rejoindre les cultes reconnus, le tout dans le futur.

 

 

On voit que l’exemple belge est très différent de l’exemple français, mais ceci démontre que l’exemple belge est pluraliste et très ouvert. Au contraire de ce qui est dit d’une éventuelle discrimination de l’Etat belge ou de la Justice vis-à-vis des cultes non reconnus. J’insiste aussi sur le mot « culte », indépendamment du sens anglo-saxon du mot « cult » qui a un sens soit neutre soit négatif, selon la volonté qu’on y associe.

 

En Belgique nous disons culte très naturellement, ce qui ne signifie pas, bien sûr, religion. Le catholicisme et le protestantisme ne sont pas des religions, mais des cultes chrétiens. En Belgique il est question de culte et pas de religion. L’important ce ne sont pas les noms ou les adjectifs, mais les comportements. Et comme nous parlons des cultes reconnus, je rappelle que le Centre travaille également sur des demandes qui lui sont faites concernant des entités appartenant à ces cultes. Le fait d’être membre d’un culte reconnu ne passe pas au-dessus des lois.

 

Le Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (que j’appelle Centre ou CIAOSN) est fondé par la loi du 2 juin 1998, modifiée le 12 avril 2004. Il est opérationnel depuis l’an 2000.

 

C’est un service public indépendant institué auprès du Ministère de la Justice.

 

Le Centre ne reçoit de directives ni du ministre ni de l’administration.

 

Le contrôle est exercé par la Chambre des représentants puisque celle-ci désigne (ou révoque) les 16 membres du conseil d’administration.

 

Un rapport d’activités est rédigé tous les deux ans et présenté au Conseil des ministres et aux chambres législatives et gouvernements des régions et communautés. Ce rapport d’activités est rendu public, et notamment sur le site web du Centre.

 

 

 

Les missions du CIAOSN sont définies en 4 points dans la loi, auxquels je vais en ajouter un 5ème :

  1. Organiser un centre de documentation accessible au public, et donc aux victimes et leurs familles au sens large ;
  2. Sur base de cette documentation et de la bibliothèque, réaliser une étude sur les phénomènes sectaires nuisibles en Belgique ainsi que dans les liens internationaux. Cette étude sert de base pour l’exécution de ses autres missions ;
  3. Informer les citoyens et les autorités à l’aide des informations recueillies disponibles et mettre la documentation recueillie à destination du public ainsi que d’assurer son accueil ;
  4. Informer toutes personnes en demande sur les droits et obligations et sur les moyens de faire valoir leurs droits, y compris réparation (par le biais de ses conseillers juridiques). Ici, nous agissons en tant que conseil personnel, en jouant un rôle de guidage, auprès du public ;
  5. Formuler également des avis et des recommandations aux autorités.

 

Réaliser une étude du phénomène implique que le Centre ne travaille pas uniquement sur les mouvements eux-mêmes ni sur les dérives seules, mais d’une manière plus large en rassemblant toutes les informations disponibles, y compris en écoutant des associations, des personnes qualifiées, et des membres des groupes concernés.

 

Le plus important, in fine, est la méthode, la façon de travailler sur le phénomène, le processus d’information qui génère les documents. C’est la mission centrale du CIAOSN. Répondre, au public et aux victimes, en leur donnant les informations qu’ils attendent, et ces informations doivent être correctes, c’est pourquoi la méthode de travail est importante.

 

Pour l’accomplissement de ses missions, la loi a mis à disposition du Centre un service permanent.

Comme directeur de ce service, ma mission principale est, avec celui-ci, d’informer le public en réponse à ses demandes.

 

Il convient d’aborder la définition d’organisation sectaire nuisible, il n’y en a pas d’autre en Belgique. Le fait qu’il y ait le mot «nuisible» implique qu’il y ait des organisations sectaires non nuisibles.

 

La Loi entend, par organisation sectaire nuisible : «Pour l’application de la présente loi, on entend par organisation sectaire nuisible, tout groupement à vocation philosophie ou religieuse, ou se prétendant tel, qui, dans son organisation ou sa pratique, se livre à des activités illégales dommageables, nuit aux individus ou à la société ou porte atteinte à la dignité humaine». Le caractère nuisible d'un groupement sectaire est examiné sur base des principes contenus dans la Constitution, les lois, décrets et ordonnances et les conventions internationales de sauvegarde des droits de l'homme ratifiées par la Belgique.

 

Les préalables posés par cette définition  sont clairs :

 

-       il faut qu’il soit question d’un groupement, c’est-à-dire plusieurs personnes. Une personne isolée ne constitue évidemment pas un groupement, et ne rentre donc pas dans le champ d’application de la loi. Aussi le CIAOSN ne travaille pas sur les risques liés à des thérapeutes indépendants. C’est important, parce que de très nombreuses questions posées par le public et des victimes concernent des thérapeutes indépendants ; mais ce champ n’est pas couvert par la loi.

 

-       Il faut également que le mouvement soit à vocation philosophique ou religieuse ou se prétendant tel. Il suffit que le groupe prétende ces vocations, pour que le CIAOSN soit compétent. Un groupement visé peut donc être à vocation commerciale, mais se prétendant philosophique ou religieux pour que le CIAOSN puisse remplir ses missions sur ce groupement.

Un mouvement thérapeutique à vocation religieuse est bien sûr compris dans la définition. Le cas échéant, il convient de prendre en considération des mouvements qui tendent vers le religieux.

 

Si ces conditions sont remplies, le CIAOSN  étudie le dossier, systématiquement.

 

La cour d’arbitrage, suite à un recours introduit contre la Loi instituant le Centre a indiqué que celui-ci «informe le public dans un but de prévention sur les activités d’une association, afin qu’il puisse apprécier en connaissance de cause des opinions susceptibles d’être dangereuses».

 

Par ailleurs, la loi n’autorise pas un certain type de réponses à une demande d’information : en effet, les informations fournies par le Centre en réponse à une demande du public ne peuvent être présentées sous forme de liste ou relevés systématiques des organisations sectaires nuisibles.

 

Le Centre ne répond donc pas à des demandes sous forme de listes d’organisation sectaires nuisibles.

A ce sujet, permettez-moi de revenir ici sur la fameuse «liste belge des sectes».

 

Il n’existe pas et il n’a jamais existé en Belgique de «liste officielle des sectes ». Le document qui est régulièrement, et à tort, considéré comme «une liste des sectes » est en fait le tableau synoptique du rapport de la commission d’enquête parlementaire de 19971, une sorte d’index thématique à l’instar d’un index clôturant un livre, c'est-à-dire comme une table alphabétique reprenant tous les noms des groupes/mouvements cités lors des travaux de la commission et cela quel qu’ait été le contenu des discussions.

 

1 Il s’agit de l’enquête parlementaire visant à élaborer une politique en vue de lutter contre les pratiques illégales des sectes et le danger qu’elles représentent pour la société et pour les personnes, particulièrement les mineurs d’âge – Chambre des représentants, session 1996-1997.

 

 

 

Ces préalables posés, je vais aborder ici le cœur du travail, ce qui est la caractéristique belge : l’information.

 

Et dans le cadre de ce colloque, j’utiliserai principalement le terme «public» plutôt que «victimes », parce que les victimes sont partie du public et que les demandes qu’elles font sont de même nature, d’autant plus que les demandeurs n’explicitent pas nécessairement leur statut ni leur rôle dans les affaires qui nous préoccupent.

 

Enfin, je rappelle le rôle premier du CIAOSN, l’information. L’information correcte, ne nous trompons pas, est en fait une lutte, un moyen de prévention d’abus ou de dérives.

 

La bibliothèque est au cœur du dispositif, elle est l’atout sans lequel le CIAOSN ne pourrait remplir ses autres missions. C’est l’outil nécessaire au public que la fréquente, c’est également l’outil démocratique qui permet l’accès à des ouvrages rares ou trop chers pour le public normal.

 

Quelle est son organisation ? C’est d’abord une bibliothèque constituée d’ouvrages sur les mouvements, provenant des mouvements eux-mêmes, d’universités, sur le contexte en général. Elle compte plus de 5.000 enregistrements, livres et revues scientifiques relevant de plusieurs disciplines, elle est plurilingue et constitue, je pense, une bibliothèque de référence en Belgique, voire en Europe.

Bibliothèque à laquelle ont accès les victimes, leurs avocats, les juristes, les scientifiques, les étudiants qui préparent un doctorat sur la matière…

 

Le Centre constitue également des dossiers d’information accessibles au public, documentation classée par organisations et par thèmes. Vous noterez que le mot «organisation», même dans notre travail de tous les jours, n’est pas connoté, parce que pour nous, il y a des mouvements à propos desquels le public pose des questions. Pour autant que les conditions préalables soient remplies, c’est-à-dire à vocation philosophique ou religieuse, ils rentrent dans notre portefeuille de responsabilités, dans notre obligation de réponse. Il n’est donc pas nécessaire, dans la pratique quotidienne, de se torturer sur l’utilisation de mots ambigus ou controversés, sur la légitimité ou non du mot secte, par exemple.

 

Le Centre acquiert des périodiques spécialisés ainsi qu’une documentation sur CD-Rom, vidéocassettes, et tous les moyens modernes disponibles, dont Internet.

 

LE CIAOSN enregistre sur vidéos et (depuis 2004) sur DVD les émissions télévisées touchant à la matière. Il possède également une collection de vidéos et DVD en provenance des mouvements. Nombre de mouvements nous donnent d’ailleurs CD ou DVD sur leur organisation elle-même, des anthologies des textes, des dictionnaires détaillant les sens propres qu’ils donnent aux termes qu’ils utilisent, etc…

 

Il s’agit d’informer le public d’une manière professionnelle sur les mouvements, sur base de sources variées, et notamment en provenance d’universités et des mouvements eux-mêmes, afin d’offrir ainsi un spectre large d’informations - qui peuvent être «recoupées» - sur les nouveaux mouvements religieux, Eglises, sectes, religions minoritaires, etc., et sur leur contexte d’origine.

 

Et comme je l’ai dit, informer, idéalement c’est donner l’accès.

 

Il convient de souligner que le service d’étude du CIAOSN travaille uniquement à partir de documents publics, datés et contradictoires qui permettent aux destinataires de vérifier ou réfuter les informations transmises. Cette infrastructure est utilisable pour des juristes : elle comprend des informations sur la jurisprudence en Belgique et à l’étranger, avec un rayonnage particulier et une banque de données juridique spécialisée.

 

Le Centre opère la sélection des ouvrages de sa bibliothèque avec une vision contextuelle qui replace les groupes au sein de mouvements plus vastes. Un exemple dans le monde musulman : si l’on pose une question sur les « haschischins », il convient de le replacer dans le cadre musulman comme chiites septimains, par rapport au chiisme doudécimain et replacer le chiisme par rapport à l’islam sunnite, etc. Comment comprendre une partie sans un minimum de connaissance sur l’ensemble ?

 

Le but est toujours de permettre au public de fonder son propre jugement sur des bases larges et contextuelles.

 

Les ouvrages d’auteurs belges, de pays limitrophes et européens sont privilégiés. Et les points de vue anglo-saxons et français, par exemple, sont systématiquement pris en compte, pour la différence fréquente de leurs points de vue.

 

La bibliothèque est accessible au public sur rendez-vous le mardi, le mercredi et le jeudi. Le cas échéant, en dehors des heures, ou le samedi. Les analystes guident le visiteur dans ses recherches, si le visiteur le désire. Par respect pour sa vie privée, le visiteur ne doit pas présenter de pièce d’identité.

 

La mise à disposition du centre de documentation au public suppose en effet que des sympathisants, membres ou représentants de mouvements étudiés y aient accès sans pour autant devoir s’identifier comme tels.

 

Le travail quotidien est un travail d’information très concret.

L’étude des mouvements se fait sur base des questions posées par le public et les autorités. En fait, beaucoup de questions portent sur des mouvements pour lesquels les travaux existants sont rares.

 

L’étude et, in fine, le contenu des documents transmis, comprend l’historique du groupement, sa doctrine, sa pratique et ses activités, ses publications, les affaires judiciaires en cours, de la jurisprudence éventuelle et, le cas échéant  un «focus» sur certains points qui semblent poser controverse ou problème. L’étude est clôturée par une bibliographie reprenant l’ensemble des sources utilisées pour le travail.

Les personnes qui nous adressent une demande sur un groupe à vocation religieuse ou philosophique reçoivent ou bien une copie de documents disponibles, ou bien une synthèse des informations dont nous disposons, sans qu'une appréciation qualitative du mouvement ne soit exprimée. Ces réponses, faites de préférence par écrit, permettent d'éviter tout malentendu et interprétation inappropriée, et de citer les sources utilisées. Ce qui permet alors au demandeur de donner des informations complémentaires, ou différentes, de préciser des questions, d’infirmer le cas échéant.

Le public pose ses questions sur des groupes qu'il croit liés à des "organisations sectaires nuisibles", ou pour lesquels il craint des "dérives sectaires", sur base de l'expérience vécue, du vécu de proches, ou parfois de la rumeur, et des risques qu'il pressent ou imagine. Ces demandes sont, en quelque sorte, un "baromètre" de la situation dans le pays.

Les informations dont dispose le Centre sur le sujet sont systématiquement mises à disposition du public, quel qu’il soit, et pas seulement les autorités, mais y compris à disposition des membres des mouvements en question. De toute façon, les gens qui viennent chez nous souvent viennent sans - et c’est légitime - décliner leur identité et leur curriculum vitae, parce qu’à tort ou à raison ils croient que cela peut leur causer dommage. Ils viennent chez nous parque qu’ils ne veulent pas aller à la police, ils ne veulent pas aller trouver la justice. Parce qu’ils croient – encore à tort ou à raison - que la discrétion s’impose ou que ce soit une bonne politique, et qui ont peur que leur nom apparaisse dans un dossier. C’est la peur du gendarme. Et le fait que le Centre soit indépendant est extrêmement important pour la confiance du grand public.

 

Analyse de l’information :

Les étapes de l’étude du phénomène ou d’un groupe exigent une évaluation de la pertinence des sources. L’information est soumise à la critique et recoupée avec d’autres sources provenant de milieux différents, d’auteurs différents, provenant d’universités et de pays ou l’approche de ce sujet est différente.

Je peux prendre l’exemple extrême de la France, où l’approche est totalement différente, qui applique une approche laïque et républicaine, et les Etats-Unis avec une approche très libérale.

Nous cherchons des informations en provenance de tout l’éventail, parce que même dans des approches très différentes on peut trouver des éléments très pertinents pour juger des pratiques d’un mouvement. Y compris dans les écrits des mouvements, alors qu’on nous pose souvent la question de savoir pourquoi on reprend les écrits d’un groupe controversé. La réponse est simple : si dans ces écrits un groupe fait l’apologie du racisme, on n’a même pas besoin d’un témoignage pour l’affirmer si on le retrouve dans les écrits officiels d’un groupe. C’est en cela que nous analysons les écrits des groupes.

 

Une question primordial porte naturellement sur l’autorité du témoin. Nous savons que les témoins sont souvent partisans, qu’ils soient victimes éventuelles ou membres de groupes. La pertinence porte également sur l’accès direct ou non du témoin à l’information. Nous abordons sans complaisance les témoignages de deuxième main, quelle que soit l’autorité de celui qui la rapporte. Et nous considérons pour ce qu’ils sont les témoignages anonymes, c’est-à-dire sans source identifiable, même rapportés par des autorités publiques. Ainsi certains témoignages à huis-clos ou «anonymisés» donnés lors d’une commission d’enquête parlementaire. Quand on ne connaît pas la source première, il n’y a pas de garanties suffisantes pour l’exploitation. Il faut encore – n’est-ce pas une évidence ? – considérer avec suspicion les informations issues de l’Internet, les absences de dates, d’auteurs identifiables.

 

Le phénomène étudié, lui, évolue avec le temps, d’autant plus que les organisations abordées sont souvent à peine nées, leurs pratiques ne sont pas nécessairement bien fixées, ni même leur « vocation », et les membres des groupes visés souvent n’y restent pas ou changent de mouvement.

 

D’autre part, le Centre a fixé un cadre chronologique : il étudie les groupes existants et non l’histoire de groupes disparus.

Le travail est limité par le temps. Le service prend en compte le délai de réponse voulu par les demandeurs, souvent relativement court. Nombre de demandeurs sont dans l’urgence. L’urgence de leur situation, de leur détresse face à la gravité réelle ou supposée d’une situation.

 

Et encore une fois, c’est ici que les associations de terrain interviennent. Face à l’urgence il convient qu’il y ait, non seulement à Bruxelles mais aussi dans les provinces, des personnes qui soient là pour les accueillir, les aider, leur offrir un support moral.

 

Enfin, lotre travail est limité pragmatiquement par les moyens retenus : d’une part, l’utilisation exclusive des sources ouvertes, non-confidentielles ou classifiées, pour ses réponses et, d’autre part, la rareté ou non des informations sur les mouvements. Il convient d’insister sur le fait que le Centre ne travaille pas sur des individus, des personnes physiques, et ne constitue pas de dossier à leur égard. Il ne répond donc pas aux questions portant sur des personnes privées, sinon en disant qu’il ne le fait pas. Le CIAOS, faut-il le dire, n’est pas un service de police.

 

Le public reçoit ainsi, puisqu’elles ne sont pas confidentielles, des informations qu’il peut pleinement utiliser, qui peuvent être citées, avec le nom de la source, l’auteur, l’éditeur, la date de publication. Tout ce qui peut servir de référence, c’est-à-dire de contrôle des informations, cela constitue une garantie de fiabilité, et, à terme, de « confort » dans le travail. Et cette fiabilité, le public en a besoin. Parmi le public, il y a les autorités, et la police, qui ont besoin d’informations fiables sur lesquelles elles puissent travailler.

 

Dans ses réponses, selon les cas, le Centre demande au destinataire de faire part des informations dont il dispose qui pourraient infirmer les éléments avancés, avec production de références des pièces justificatives. Comme déjà dit, ces informations sont surtout communiquées – de préférence- par écrit ou par courriel, ce qui permet d’assumer la responsabilité du courrier et de s’y référer.

 

 

Le public est constitué non seulement de simples citoyens, belges ou étrangers résidant en Belgique, mais également d’étrangers vivant hors des frontières. Il comprend également des proches de personnes liées à des mouvements philosophiques ou religieux, d’anciens membres de groupes, de responsables de groupes qui se présentent d’ailleurs ouvertement comme tels et ne s’en cachent pas. La caractéristique commune des consultants est de s’informer sur les mouvements dont ils craignent, soupçonnent, savent ou croient savoir qu’ils sont problématiques.  Le public est constitué de membres des services officiels, fédéraux, communautaires, régionaux, locaux, chargés, à leur niveau, de traiter des dossiers liés à ce phénomène, et le plus souvent dans l’urgence. Mais aussi des étudiants et des doctorants. Enfin, nombre d’avocats ou de journalistes prennent également contact. Tous reçoivent, selon leur demande, réponses à celle-ci sur base des mêmes informations. S’ils le désirent, nos visiteurs sont reçus par les responsables appropriés pour un entretien personnel. Chaque année, des centaines de demandes ont ainsi été faites au Centre, provenant d’institutions et de la société civile, des autorités, de la presse et surtout des citoyens.

 

Ces échanges nous permettent de répondre aux prescrits de la loi et de cerner au plus près les attentes du public, de mieux connaître les sujets qui les préoccupent, les groupes à propos desquels il s’inquiète – à tort ou à raison – ou qui, très simplement l’intéressent.

 

La collaboration avec les chercheurs universitaires se développe par le biais des stages d’étudiants, aide pour les mémoires de licence, chercheurs « isolés », participation à des colloques académiques, organisation de colloques, invitation de conférenciers.

 

Le Centre reçoit aussi des personnes qui viennent sur place pour un entretien plus particulier qui concerne en fait une demande d’aide psychologique. Elles sont reçues, mais comme le CIAOSN n’a pas comme mission de fournir un service psychologique, elles sont envoyées vers les professionnels, associations ou institutions ad hoc.

 

Qui sont les demandeurs ?

75 % des réponses aux demandes vont au grand public. Ce que nous incluons dans ce « grand public » sont - outre les personnes privées, la presse (qui est un truchement) et les étudiants - des membres de mouvements, y compris des responsables, des avocats, des associations de la société civile, des enseignants, des membres d'association de défense de victimes.

 

25 % des réponses vont aux autorités : police (46 % de celles-ci), justice 11 %, communes et Centres publics d’aide sociale (11 %), parlementaires (9 %), autres (24 %). Cette part des demandes en provenance des différents organes de l’État, fédéraux ou décentralisés, est en augmentation constante.

Enfin, l’étude du phénomène des organisations sectaires nuisibles comprend non seulement son aspect belge, mais également l'étude des liens entre ces mouvements et l'étranger. Aussi, outre les contacts par courriers ou courriels, les visites faites ou reçues, les contacts avec l’étranger sont quotidiens. Puisque nous comptons parmi nous des invités français, je profite de l’occasion pour les remercier des informations qu’ils nous transmettent. De leur côté, des ambassades présentes en Belgique posent des questions relatives à des groupes précis mais aussi, de plus en plus, concernant le «modèle» belge en matière de gestion du phénomène.

Je voudrais rappeler enfin que la presse est un moyen –un média, ou un médium ?- qui nous permet de fournir autrement des informations au public. Nous répondons donc aussi, bien sûr, aux demandes de la presse qui doit pouvoir remplir son rôle de publicité, « sauvegarde du peuple », comme il est inscrit sur les frontons d’hôtels de ville. Le dernier orateur en est un représentant insigne.

Nous pouvons ainsi remplir pleinement la mission qui nous est confiée.

 

Le CIAOSN permet donc, au travers de sa mission, d’aider totalement les victimes par l’information ainsi que par la prévention.

 

Je vous remercie.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. III.    DEBAT – QUESTIONS & REPONSES : Première partie de plénière

 

 

 


 

Olivier TOMEZZOLI, journaliste modérateur, anime le débat.

 

Modérateur : «Pouvez-vous nous préciser, M. Brasseur, dans quelles limites fonctionne le CIAOSN dans sa mission envers les services de police, la justice ?»

Eric Brasseur : «Nous sommes un service public, institué auprès du ministère de la justice, indépendant, avec nos obligations. Nous travaillons sur base de sources humaines. Nous citons les témoins. Pour résumer, sur 100 réponses que nous fournissons suite aux demandes du public, 25, soit un quart, sont également transmises aux autorités, dont la police pour moitié. Nous avons le droit mais aussi l’obligation de les informer. Près de 50% des informations vont à la police (ce qui représente aussi une grande demande de renseignements auprès du Centre) une dizaine de pourcents à la Justice. Mais on sait que la plupart des demandes émanant de la police le sont sur ordre d’un magistrat. Il y a aussi d’autres demandes venant des parlementaires eux-mêmes, qui sont eux interpellés par des citoyens».

 

Modérateur : On va revenir sur les question éventuelles que le public voudrait poser aux trois intervenants de ce matin. Il n’était pas prévu que nous procédions à un système de questions-réponses dans le cadre de ce colloque, mais on a finalement décidé de laisser un temps de parole et de questions du public dans ce cadre-ci.

 

La première question est adressée à Madame Picard, c’est une double question. Y-a-t-il une définition du mot secte dans votre loi ? Par ailleurs vous avez cité des pays en retard, est-ce qu’en réalité, dans bon nombre de pays, les lois existantes ne suffisent-elles pas?

 

Catherine Picard :

Tout d’abord, sur la définition juridique : j’ai dit que j’appelais un chat un chat, et que par commodité d’usage du langage pour moi, un mouvement totalitaire peut être appelé une secte.  Monsieur Debord a finement repris la lie, le texte de loi, en précisant qu’il fait appel à la prévention et répression envers les mouvements à caractère sectaire. Pourquoi n’y-a-t-il pas, dans le droit français,  de définition juridique du mot secte ni du mot religion ? Lors de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat, l’Etat s’est désengagé de toute imprégnation et de toutes directives possibles sur ce qui était en 1905 le phénomène religieux. En France, il n’y a, pour la partie religion, que des associations culturelles. Le reste n’existe pas en droit. Donc, quand il a fallu légiférer, il est bien entendu que le fait d’avoir travaillé sur l’abus frauduleux de l’état de faiblesse concerne à la fois l’ensemble de ceux qui seraient contrevenants à cette notion de faiblesse et de la vulnérabilité.

Ça peut être un mouvement à caractère sectaire, mais ça peut être aussi, comme on vient de la voir dans le cas Bettencourt en France, le fait qui est incriminé est bien l’abus frauduleux de l’état de faiblesse. Ce n’est pas seulement un texte de circonstance, parce que je vois toujours où va le sens de cette question de définition juridique, mais il peut être ouvert à toute personne qui mettrait, par des pressions graves et réitérées, en danger un citoyen. Donc c’est bien un mouvement à caractère sectaire, et pour une commodité de langage on parle de secte. Et je rajoute que, dans la conception que nous avons, les critères de mouvement totalitaire répondent en grandes parties au fonctionnement de certaines organisations.

Ensuite, pour les pays en retard, en termes de lutte contre les mouvements sectaires, je n’ai pas autorité à savoir si un pays est en retard ou en avance, d’autant plus que nous sommes deux pays, la France et la Belgique, largement en avance. Le problème ne se situe pas là. L’arsenal juridique pénal peut convenir à l’expression de l’application de la justice dans énormément de pays. Par exemple, la notion d’abus de faiblesse existe aux Etats-Unis. Sauf que la difficulté est là où il y a l’application de l’aspect symbolique de la loi, mais à partir du moment où on parle de répression et de prévention des mouvements à caractère sectaire, on se met sur une ligne et on dit qu’un état, un gouvernement à une volonté politique de dire maintenant que cela doit être pris en considération en complétant l’arsenal juridique. Parce que, vous l’avez vu soit dans le texte de M. Frédéric, soit dans le nôtre, il ne s’agit ici que d’un article du Code pénal, qui est centré sur des pratiques qui peuvent être attentatoires à la fois à la loi en général et préjudiciable aux citoyens. Chaque pays, malheureusement, n’a pas soit la volonté politique, soit n’est pas encore prêt symboliquement à légiférer. Pourquoi la Belgique et la France ? Grâce à la proximité, encore une fois, tant dans la conception du Code pénal que dans de la conception de la victimologie. En Allemagne, il y a des décisions fédérales, et d’autres spécifiques, Länder par Länder. En Espagne et en Italie, il y a des essais de législation, mais le moment politique n’est peut-être pas le meilleur. Mais la volonté est présente. Ici, il y a des représentant(e)s de la FECRIS, qui regroupe 56 associations sur 30 pays, qui sont des associations belges, françaises, etc. Les fonds de cette ONG sont d’ailleurs des fonds français. Dans toutes ces associations il y a le constat des mêmes mouvements à caractère sectaire sur le territoire des différents pays. Et il y a très souvent la volonté des magistrats de voir comment pallier à cette difficulté. Pour autant, il faut que les gens soient prêts. La loi n’est pas quelque chose de spontané, elle est la réponse à une problématique de la société. Quand la problématique de la société est suffisamment lourde et chargée, le législateur à beaucoup plus de moyens pour travailler.

 

Modérateur : Deux questions à présent pour Monsieur Debord. La première, concerne les demandes que vous recevez à la MIVILUDES. Que faites-vous lorsque la victime qui s’adresse à vous se plaint d’une organisation développant une emprise et qui est une institution publique, un hôpital public, un parti politique ou une loge maçonnique ? Pour résumer, quel est votre champ d’action quand la victime se plaint d’une institution publique ?

 

Henri- Pierre Debord : Tout d’abord, je note dans cette question la prise en considération de la notion de victime. Toute personne qui s’estime victime d’une dérive sectaire, peut s’adresser à la Mission interministérielle, quel que soit l’endroit, le cadre dans lequel elle s’estime lésée ou victime d’une emprise. Il est tout à fait inconsistant de s’interroger sur l’origine du cadre des circonstances. A partir du moment où une personne s’affiche comme pensant être victime de dérive sectaire, elle prend contact avec nous si elle le souhaite et c’est à la Mission d’apprécier s’il y a dérive sectaire. A ma connaissance personne ne s’est encore manifesté pour se plaindre d’une institution publique.

Est-ce que la MIVILUDES produirait de la dérive sectaire ? Nous n’avons pas reçu de plainte en interne. Est-ce que le Parlement produirait de la dérive sectaire ? Nous n’avons reçu aucune plainte de la part du président de l’Assemblée nationale ni du Sénat. Le ministère de l’Intérieur produirait de la dérive sectaire ? Nous n’avons reçu aucune plainte en la matière. Un hôpital public ? Idem.

S’il y a des dérives sectaires, elles doivent être, comme j’ai tenté de le décrire, prises en considération, au regard de sources d’information contrastées. Et vous savez, dans la fonction publique française, il y a des règles qui s’appliquent, qui s’imposent à l’ensemble des cadres dirigeants, des cadres supérieurs, à tous les salariés, que l’on appelle dans le privé la déontologie, et chez nous le statut général de la fonction publique. Ce statut général fait obligation, impose des devoirs aux fonctionnaires. Si un fonctionnaire, un magistrat, ne respecte pas le cadre général du statut de la fonction publique, il risque la commission disciplinaire, et éventuellement, s’il y a du pénal, la transmission d’un signalement de commission de délit de la part de l’administration.

Pour les partis politiques, il se peut que des mouvements à caractère sectaire aient produits des partis politiques à certains moments de notre histoire démocratique. Ces partis étaient corrélés juridiquement, ou par leurs dirigeants, à des mouvements à caractère sectaires. Le citoyen étaient amplement informé.

Et enfin, une loge maçonnique. Il n’y a pas la question de l’église catholique pour une fois, pourtant cela va souvent de pair dans les questions. Je crois qu’il peut y avoir de dérive sectaire chez tout un chacun. Mais à ma connaissance nous n’avons pas reçu de plainte pour des dérives sectaires au sein d’une loge maçonnique.

 

Modérateur : Deuxième question à Monsieur Debord : combien de dérives sectaires la cellule d’assistance et d’intervention a-t-elle relevés par an et ce nombre est-il en augmentation ? 

 

Henri Pierre Debord : C’est au Ministère de l’Intérieur à répondre. Je ne sais pas s’il vous répondra statistiquement, bien que la cellule soit en fonction depuis septembre 2009.

 

Un rapport d’activités, en revanche, a été publié en juin 2010. De manière générale, à la lumière du nombre d’appels que nous recevons ou de rencontres que nous effectuons, il semblerait que l’activité s’amplifie. Ce qui est parfaitement logique. Quand on crée un corps de contrôle c’est parce que l’on considère qu’il a son utilité.

Lorsque ce corps de contrôle démontre son efficacité, cela prouve la motivation de sa création. On considérait qu’il y donnait du grain à moudre, si vous me permettez cette expression triviale. Tout cela, c’est du bon sens.

 

Modérateur : Questions à Monsieur Brasseur : Utilisez-vous les informations des groupes sectaires nuisibles ou uniquement celles de leurs détracteurs, en d’autres termes d’où viennent vos informations ?

 

Eric Brasseur : Nous utilisons et recherchons des informations venant de différentes sources, et principalement des renseignements écrits, qui peuvent être utilisés pour nos sources, pour déposer devant un tribunal, etc.

D’ailleurs, nous recevons et achetons un certain nombre d’ouvrages publiés par des universités, des chercheurs, des témoignages de personnes sorties de groupes, des témoignages de responsables de groupes et autres écrits de groupes eux-mêmes. Nous recevons aussi les gens chez nous, ceux qui veulent nous poser des questions ou nous donner des informations. Nous nous présentons comme un centre public d’information où nous travaillons sur une base d’informations venant de multiples endroits, permettant de recouper, de vérifier l’information. C’est le fondement du travail de critique de textes, de critique historique, de critique d’information. Un travail qui fait appel à l’attention et à l’assiduité.

 

Modérateur : les enfants victimes des prêtres catholiques sont-ils victimes de dérive sectaire, et donc considérez-vous l’Eglise catholique comme une organisation sectaire nuisible ?

 

Eric Brasseur : Comme souvent durant ce type de débat, il y a eu une question sur les loges maçonniques, et voici donc celle sur l’Eglise. Cela fait sans doute partie d’un rituel pour certains intervenants du public. Il y a des questions qui n’en sont pas et qui relèvent plus de la diffamation, je tenais d’abord à le souligner. J’y ai répondu en partie dans ma présentation mais je vous rappelle qu’il y a des cultes reconnus. Et le CIAOSN travaille également sur les demandes qui lui sont faites concernant des entités appartenant à des cultes reconnus, évidemment. Nous donnons des réponses écrites utilisables aux demandes faites sur des groupes appartenant à des cultes reconnus. Pour parler statistiques, les questions orales sur l’église catholique sont limitées. On y répond, naturellement.

Qui croirait le contraire ? Qui croirait qu’il n’existe pas de dérives dans des groupes reconnus ? Quant à la problématique des enfants, la future loi sur l’abus de situation de faiblesse sur des mineurs va encore nous aider à travailler sur ce genre de problématique. Mais il ne faut pas se leurrer, les enfants ne sont pas les cibles principales. Ils vivent dans des familles touchées, on peut même dire en situation de faiblesse, qui, elles sont les cibles idéales si vous me permettez de le dire ainsi. On connait des groupes qui vont à la sortie des cimetières, des funérariums, des crématoriums, pour y rencontrer des personnes qui sont, elles, par définition, en situation de faiblesse.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. IV.    DEUXIEME PARTIE DE PLENIERE

 


 

4.1.    Mireille DEGEN, Administratrice de l’Asbl belge Contacts et Informations sur les Groupes Sectaires (CIGS) et Secrétaire générale de la Fédération Européenne des Centres de Recherches et d’Information sur le Sectarisme (FECRIS) - Belgique

 

«Etat des lieux des mouvements sectaires en Europe»

 

« Les groupes sectaires invoquent à cor et à cri le droit à la liberté religieuse, alors qu'ils annihilent la liberté de penser de leurs membres » (LUC, LA LIBRE, 21 02 2002).

 

Cette phrase d'un Témoin de Jéhovah, sorti après 40 ans dans cette organisation, résume parfaitement la réalité du phénomène sur lequel on se penche aujourd'hui.

 

Je vais mettre quelques balises pour vous expliquer pourquoi une personne comme moi s'est retrouvée sur ce terrain difficile où les avancées sont rares et les reculs toujours possibles, il y a maintenant 23 ans!

 

C'était un mois de mai radieux, comme celui que nous venons de vivre. Notre famille allait bien. On aurait dû être heureux et pourtant....je venais de découvrir qu'un de mes enfants à 19 ans s'était égaré dans un groupe douteux. Le processus étant progressif on n'avait rien remarqué avant. C'était si soudain que, alors qu'il était toujours présent parmi nous, on avait l'impression qu'il était dans un cube de verre, tout message de notre part rebondissait comme un message sur Internet renvoyé à l'expéditeur.

 

Alors a commencé la galère. Qu'est-ce que c'est? Nous avons cherché: l'église, la justice, les associations, les amis. La plupart du temps les gens ne nous croyaient pas et prenaient un air désinvolte en scrutant le ciel ou nous disaient : « s'il est heureux... ».

 

En Belgique, on peut dire que les sectes se sont bien fait remarquer depuis 1972 avec :

  • l’affaire des Trois Saints Coeurs (Affaire Melchior) ;
  • les Enfants de Dieu à Bruxelles, dont Marie- Christine C. (CONFESSION D'UNE ENFANT DE DIEU) a même été incarcérée à Namur pour racolage sur la voie publique ;
  • l'affaire ECOOVIE avec des faux franciscains et le Gourou Norman Williams, et tous les autres grands groupes que nous connaissons encore...

 

L'aide aux victimes ou co-victimes était inefficace ou inexistante. C’est à ce moment que sont nées les premières associations de parents. On peut les considérer comme des «pionniers». Je les appelle aussi les globules blancs de nos sociétés. Le gouvernement belge ne pouvait ignorer le phénomène. Il était au courant des événements qui se passaient dans le monde et chez nous. Rappelons le suicide collectif (ou plutôt les meurtres) de Jonestown en Guyane suivi d'autres événements semblables à travers le monde.

 

Le Parlement européen, motivé par des parents désespérés, s'y était intéressé.

En 1984, il y a eu le Rapport Cottrell : projet de rapport sur l’activité des nouveaux mouvements religieux à l’intérieur de la Communauté européenne, duquel la proposition de résolution du Parlement Européen a été adoptée le 22 mai 1984.

 

Malheureusement cette résolution n'est jamais devenue contraignante et aucun pays n'en a tenu compte.

 

En France, il y a eu le Rapport Vivien. Plus tard entre 1996 et 1997, la Commission Parlementaire sur les sectes, suivies par le Rapport en 1999 sur «Sectes et Argent» et en 2006 sur «Mineurs et Sectes». Pourtant en Belgique, il a fallu attendre jusqu'en 1996 pour avoir notre enquête parlementaire suite aux coups de tonnerre répétés des suicides, assassinats et autres histoires de l'Ordre du Temple Solaire.

 

En Europe et dans le monde d’alors, la compréhension du problème n’était pas mûre. Comme ailleurs, on associait les sectes à un phénomène religieux et de recherche spirituelle.

 

Les universitaires, en écho de ce qui se disait déjà aux Etats-Unis et en Angleterre, se mirent à parler de «nouveaux mouvements religieux», en semant la confusion parmi les gens. Vous avez aujourd'hui entendu parler de ce qui s'est passé et continue à se passer en France avec la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) et en Belgique avec le CIAOSN (Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires et nuisibles).

 

Je vais vous donner un aperçu de ce qui se passe dans le reste de l'Europe. Non seulement dans l'Union européenne mais aussi dans l'espace de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la coopération en Europe), organisation des Droits de l'homme nés au temps de la guerre froide et reconvertie en mur des lamentations contre les gouvernements qui, quand ils surveillent les groupes sectaires, sont accusés de malmener les «Droits de l'homme».

 

Notre histoire personnelle m'a lancée sur les routes - inlassablement. J'ai d'abord recueilli une véritable mine d'informations grâce à une petite association anglaise, «FAIR». Puis j'ai découvert l'UNADFI en France qui n'était pas encore d'utilité publique. Pendant des années d'ailleurs, c'est vers l'UNADFI et ses ADFI que j'allais régulièrement,  portant de gros dossiers sous les bras. A cette époque est née la FECRIS (Fédération Européenne des Centres de Recherche et d'Information sur le Sectarisme). J'y ai participé dès la deuxième réunion à Paris pour le VVPG, association anversoise, et depuis lors la Belgique y a été représentée par son membre le CIGS.

 

La FECRIS (Fédération européenne des Centres de recherche et d’information sur le sectarisme) créée le 30 juin 1994, à Paris, avait été imaginée pour la première fois lors d'une réunion internationale d'associations pour la protection des familles et des individus organisée en 1981. Il a fallu 13 années pour concrétiser les aspirations de quatre mères de famille: de France, du Royaume Uni, d'Espagne et d'Allemagne. La décision a finalement été prise lors d'un congrès à Barcelone et l'association a vu le jour en France en 1994: l'Allemagne, la France, la Belgique, l'Espagne, le Royaume Uni, la Suisse et la Suède y ont été représentées très rapidement et sont rejoints par l'Italie en 1999.

 

La FECRIS est une association à but non lucratif, de droit français. Elle se déclare neutre sur les plans politique, philosophique et religieux, par l’article 2 de ses statuts. Aujourd’hui, en 2011, la FECRIS fédère 54 associations de 30 pays dans le monde, dont 49 associations dans 27 pays européens. Il faut préciser, toutefois, que seulement 25 associations sont membres. Le reste sont des correspondants et n'ont aucun pouvoir décisionnel. Cette structure a été imaginée afin de respecter le caractère laïc de la FECRIS mais de lui permettre de couvrir un espace territorial assez vaste pour devenir une ONG à statut participatif auprès du Conseil de l’Europe en 2005. Depuis elle a également acquis le statut de participant dans la Plate-forme des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne et celui d'ONG à statut consultatif spécial du Conseil Economique et Social des Nations Unies.

 

Les organisations sectaires mènent une campagne noire sur la FECRIS sur Internet voulant faire croire qu'elle est antireligieuse, que ses membres sont médiocres et font de la «déprogrammation» ou ont perdu un maximum de procès. Ceci ne fait que prouver que son existence dérange ces organisations.

 

Ces statuts auprès du Conseil de l'Europe, celui à l'ONU et le dernier dans la plateforme des Droits Fondamentaux de l'Union européenne, sonnent bien. Ils donnent à la FECRIS une certaine crédibilité mais dans ces grandes institutions on est bien seuls. Les problématiques dont s'occupent ces institutions tournent rarement autour d'une question sur les sectes. D'ailleurs les parlementaires qui les fréquentent ont peu d'informations pour leur permettre de comprendre de quoi il s'agit. Ce qui est encore plus saisissant c'est de voir que les organisations sectaires y étaient avant nous, s'y étaient fait des contacts et faisaient barrage pour empêcher la FECRIS d'être acceptée. Quant à l'ONU, des groupes avec une casquette «Droits de l'homme», y tiennent des conférences et y sont à l'aise. D'ailleurs l'ONU est remplie de groupes à dérive sectaire qui rôdent sous un prétexte ou l'autre.

 

C'est surtout au Conseil de l'Europe que se passent les discussions sur les dérives sectaires. Il y a eu plusieurs recommandations et résolutions intéressantes:

  • Recommandation 1178 (1992) ;
  • Actions d'information et de formation: jeunes et tout public ;
  • Activités illégales des sectes ;
  • Recommandation 1412 (1999) ;
  • Activités illégales des sectes ;
  • Recommandation 1396 (1999).

 

Assurer des conditions propices au maintien de relations harmonieuses entre les religions, et entre ces dernières et les autres secteurs de la société. Il faut beaucoup œuvrer pour attirer l'attention sur ce problème.

 

Une autre organisation Internationale nettement plus critiquable dans le domaine des dérives sectaires, c'est le BIDDH de l'OSCE à Varsovie et Vienne. Le Bureau des Institutions démocratiques et des droits de l'homme dépend de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Cette institution intergouvernementale orientée vers la sécurité qui traite, entre autres, de liberté de religion et de croyance. Actuellement, elle compte 56 Etats participants d'Europe, d'Asie centrale et d'Amérique du Nord. Nous y allons depuis 4 ans. On essaye de se faire entendre. Pour cela il faut faire la queue pendant un temps et, si on a de la chance, on pourra parler de 2 à 4 minutes éventuellement.

 

L'année dernière notre Président a utilisé une fois le mot «secte». On a coupé le micro pendant les 2 minutes qui lui restaient. Voilà un extrait de ce qu'il a essayé de dire: «Pour ceux qui ont une connaissance personnelle du fonctionnement des sectes, il est ironique, voire choquant, que des organismes on ne peut plus respectables, voués à la lutte contre les atteintes aux droits de l’homme, se retrouvent, comme nous le faisons ici, assis à côté d’organisations qui se révèleraient profondément ennemies de l’intérêt public si elles ne réussissaient pas à se déguiser en religions et si elles étaient seulement jugées sur leurs actes».

 

Pendant ces conférences intitulées «Mise en œuvre de la Dimension Humaine», nous avons entendu les lamentations de plusieurs branches nationales d'un grand groupe sectaire : de Russie, de Belarus, du Kazahkstan ... puis c'était le tour d'un autre groupe puissant au Danemark, en Russie, en France, en Belgique, en Italie, ... une autre s'est gargarisé sur l'Autriche qui avait perdu contre les Témoins de Jéhovah à Strasbourg. Le tout suivi des trois associations Nationales et Internationales d'une Secte Ufologique.

 

Les ambassadeurs de pays européens sont présents et écoutent patiemment pendant que leurs pays sont accusés de toutes sortes de violations des droits de l'homme. C'est assez pathétique. La Commission européenne (Justice, des Droits Fondamentaux et de la Citoyenneté) depuis le Traité de Maastricht ne veut pas s'occuper du problème. Quand Monsieur Frattini, l'actuel Ministre des Affaires Etrangères italien, était encore à Bruxelles il a répondu à une question parlementaire à ce sujet: « La Commission voudrait informer l'Honorable Parlementaire qu'à l'heure actuelle il n'y a pas une politique européenne par rapport aux dérives sectaires. La problématique des sectes est complexe et peut toucher à des questions liées aux politiques communautaires et de l'Union, tels que la liberté d'établissement et de la circulation des personnes, l'ordre public, la sécurité et la justice ainsi qu'au respect des droits fondamentaux. La Commission ne dispose pas d'études concernant les mouvements sectaires dans l'Union. En application du principe de subsidiarité, une action communautaire dans ce domaine n'est pas considérée, à l'heure actuelle, comme étant nécessaire» (JO L 82 du 22.3.2001).

 

Depuis cette réponse en 2001, la Commission européenne a crée la FRA - Agence des Droits Fondamentaux à Vienne où notre représentant a retrouvé certaines organisations sectaires que nous connaissons et leurs sympathisants.

  • La situation dans les pays de l'Union

Je ne vais pas reparler de la France et de la Belgique qui sont à l'avant-garde de cette problématique déjà bien documentée aujourd'hui mais de :

 

  1. La situation au Royaume-Uni un des pays utilisé comme point d'entrée des missionnaires sectaires en Europe.

 

La Directrice du centre, les plus connu et ancien, d'aide aux victimes dans ce pays nous a dit:

«S'il y avait eu des signes d'une compréhension réelle, cela aurait aidé. Aujourd'hui, le problème posé par les sectes n'est guère reconnu, que ce soit par l'Etat ou par l'Eglise, et le danger qu'ils posent semble leur échapper. Les événements les plus scandaleux, les plus hideux, ne les ont même pas fait sourciller. L'Etat, autant que l'Eglise, semble être passé à côté de la question essentielle».

Pourtant, sauf modification récente, la demande de l'église de Scientologie pour l'obtention du statut d'association charitable destiné à «promouvoir la religion», a été rejetée par la «Charity» Commission britannique, qui a estimé qu'elle ne fonctionnait pas dans le but d'un «bénéfice public».

 

Il existe pourtant un centre soutenu par l'Etat «INFORM».

 

  1. En Suède, un autre pays du nord, il n'est pas nécessaire de s'inscrire pour avoir une activité religieuse.

 

Une enquête a été faite et les résultats ont été publiés en 1998. Le rapport s’est appelé «In Good Faith» («De Bonne Foi»).

 

Il y a des problèmes sérieux pourtant, surtout quand il s'agit des écoles indépendantes qui peuvent être gérées par diverses églises ou autres organismes, pour autant qu’elles obtiennent l'approbation d'une agence gouvernementale. C'est en Suède que se trouvent entre autres, des écoles néo-pentecôtistes, où des dérives sont constatées. Au sein d'une communauté du mouvement de Philadelphie à Knutby en 2004, il y a eu un meurtre ourdi dans des conditions de manipulation mentale par le pasteur. Finalement, c'est lors de la séparation partielle entre l'Église luthérienne et l'État en 1999 que la Scientologie a été officiellement reconnue le 13 mars 2000 comme communauté religieuse et bénéficie d’une exonération complète d'impôts.

 

Dans l’ensemble, la société suédoise ferme les yeux sur le fait que des gens ont besoin d’aide quand ils quittent des organisations manipulatrices ; mais les enfants restent prioritaires.

 

Après les Français et les Belges d'autres pays ont mis sur pied des enquêtes parlementaires sur le phénomène :

 

  1. L'Allemagne en 1998, a mené une enquête détaillée. Le ministre fédéral de l'intérieur et ses homologues des différents Länder, ont décidé de maintenir l'église de Scientologie sous haute surveillance.

 

Pendant 17 ans, un groupe de travail sur la Scientologie au Ministère de l’Intérieur de Hambourg, était le centre de référence sur la scientologie. Il semble que ce centre ait été supprimé en 2010: son travail étant réparti entre le gouvernement de Hambourg et l'Office pour la protection de la constitution. Il y a aussi le groupe de travail interministériel du Bade-Wurtemberg, visant les sectes et les psycho-groupes du Ministère des cultes, de la jeunesse et du sport. Des critères qui définissent les sectes, entre autres, sont fixés dans un document fédéral (13/4132).

En 1997 et 2002 le Sénat de Berlin a produit un rapport «Sectes: risques et effets secondaires».Un rapport mené par un des détracteurs de l'action Etatique contre les sectes, qui a de forts appuis chez les Témoins de Jéhovah et la Scientologie, donne des statistiques sur la lutte contre les dérives sectaires en Allemagne

«  ... l'Allemagne compte des dizaines d'institutions diffusant des informations et des mises en garde à l'encontre des sectes: pas moins de 18 ministères fédéraux ou régionaux et plus de 80 organisations dépendant de l'Eglise Catholique, de l'Eglise Evangélique Luthérienne dont un certain nombre sont financées par les pouvoirs publics».

 

  1. En  Autriche également on garde un œil averti sur ces organisations. La première chambre du parlement autrichien a opté pour une recherche d’information accrue et un travail éducatif sur le danger des sectes.

 

En conclusion, en 1998, en raison de ces efforts, une loi a été passée pour établir le «Bundesstelle für Sektenfragen» [bureau fédéral pour les questions sectaires], bureau qui a pour mission de documenter et informer au sujet des dangers qui peuvent résulter des sectes ou d’activités sectaires en général. Par rapport aux Témoins de Jéhovah, l'Autriche a été condamnée en juillet 2008 pour préjudice moral par la Cour européenne des droits de l’homme, en raison de la durée excessive de la procédure et du fait que d'autres communautés religieuses ont été traitées plus favorablement. Finalement, le ministère de l'Éducation et des Cultes leur a accordé le statut de société religieuse reconnue en mai 2009.

Depuis 1998, il faut minimum 300 membres pour pouvoir s'enregistrer. Certaines associations problématiques telles que le Sahaja Yoga et la Scientologie ne pouvaient pas s’y conformer et ont dû retirer leurs demandes.

 

  1. Historiquement, l’Espagne est un terrain religieux puissant. C'est à Barcelone que la lutte contre les organisations sectaires s'est concrétisée pour promouvoir la naissance de la FECRIS.

 

Les sectes peuvent se constituer librement en ayant recours au statut légal des associations (loi de 1964). La Constitution espagnole précise la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Au niveau définition, la pratique espagnole est de recourir au concept de secte destructrice. Selon certaines estimations on compte 200 sectes destructrices comprenant les sectes internationales présentes dans tous les pays occidentaux et d’autres groupes espagnols. Le ministère de l’Intérieur contrôle une division de police spécialisée dans les enquêtes sur les groupes destructeurs et les associations illégales. (www.unadfi.org).

La scientologie a un important siège social en Espagne inauguré en grande pompe en 2004. La Scientologie a été exemptée de la TVA suite à l'attribution par l'administration fiscale du statut d'organisation sociale à but non lucratif. Les médias ont compris l'information comme quoi elle avait été reconnue comme religion en Espagne alors qu'en réalité son statut d'«organisation sociale à but non lucratif» n'est qu'un dispositif fiscal et aucunement une reconnaissance de sa religion. (D’après un communiqué de la scientologie, 15 décembre 2009).

 

  1. En Italie, les associations de protection des familles essaient depuis des années de réintroduire une loi sur la manipulation mentale.

 

L'Etat italien traite les sectes comme de simples organisations à but non lucratif et les agrée selon certaines conditions. Les réclamations depuis 20 ans des associations italiennes pour une enquête parlementaire et une loi anti-plaggio (genre de loi pour contrer la manipulation mentale) n'ont pas aboutis. L'Italie a abordé depuis peu, au niveau médiatique, un ou deux épisodes majeurs qui ont conduit l’opinion publique à s’intéresser aux sectes. Arrestation à Bari du chef d'une psycho-secte Arkeon, un gourou ayant des milliers d'adeptes, pour association de malfaiteurs,  escroquerie, exercice illégal de la médecine, violences aux personnes, maltraitance et abus sur mineurs. La Présidente de l'association CESAP (Comité d'Etude et de Soins Aux Polyhandicapés) -Italie, a mené avec ce groupe une bataille juridique épuisante mais semble s'en être sortie, victorieuse pour le moment. Cette affaire a divisé les associations italiennes.

On rappelle que les sectes «millénaristes» - religieuses et pseudo-religieuses -attendent la «fin des temps» annoncée par des «prêtres» d’antiques civilisations. Pour ces dernières, 2012, selon les théories ésotériques suivies, sera porteuse de l’apocalypse. Dans le Yucatan, au Mexique, trente-huit familles italiennes ont choisi d'émigrer et vivent dans des constructions, répliques de forteresses Mayas, en attendant la «fin du monde». Un groupe de la secte Ramtha s’est installé à Spinello, un bourg dans les montagnes italiennes pour la même raison. D'autres événements de ce genre sont à prévoir.

  1. La Suisse est également un aimant qui attire les organisations sectaires.

Début 1996, une commission d'experts, avocats et professeurs, a été chargée de réaliser un audit à l'Université de Genève. Février 1997, «l'Audit sur les dérives sectaires» est publié. Pour sa part, le rapport de la Suisse Romande ne fait pas de liste des mouvements présents sur son territoire, mais plutôt un état des lieux tant sur le plan juridique à disposition que sur l'importance du phénomène.

Le 8 juillet 1998: une autre commission d'experts (dont des juristes et des psychiatres) fait apparaître un rapport sur la manipulation mentale proposant d'introduire dans le code pénal une infraction nouvelle permettant de réprimer de tels agissements. Ce rapport, rédigé sous la direction de l'historien Jean-François Mayer, émet des critiques sévères à l'égard de la scientologie. II conclut cependant que la scientologie ne menace pas la sécurité de l'Etat, qu'il n'y a pas lieu de la placer sous surveillance, mais qu'il faut toutefois rester vigilant.

1999 voit s'affirmer la volonté politique d'aller de l'avant dans l'activité politico- juridique dans le domaine des sectes (d'autant plus que la secte HUE/SHY relance la question, son fondateur est attendu en Suisse). En Belgique il a été arrêté et condamné pour escroquerie et exercice illégal de la médecine. La Commission juridique du Grand Conseil genevois rejette tout le paquet de mesures proposées par le département de M. Gérard Ramseyer, à l'exception de la création d'un Centre d'Information sur les Croyances à Genève. Les associations au final n'auront pas voix au chapitre, et le centre CIC composé de neuf membres ne comprendra que des universitaires. Très proche du centre INFORM au Royaume- Uni. (http://www.info-sectes.ch/laxisme-justice-suisse.htm#Commission).

En 2004 Jean-Luc Barbier, ex-scientologue, déclare que «  les preuves sont plus que suffisantes pour interdire la scientologie et nos autorités se doivent de n'être pas complices de telles dérives». Ce n'est pas à nous de juger, mais rien n'a bougé...

 

  1. Pays de l’est. Après la chute du mur de Berlin en 1989, les sectes se sont ruées dans les pays de l'Est et en Russie.

 

L'église orthodoxe occupe une position privilégiée en Russie et les autorités régionales continuent à surveiller les groupes non traditionnels, tels que les Témoins de Jéhovah, les Krishnas et les néo-pentecôtistes. En février 2009, le Ministère de la Justice a autorisé un Conseil religieux d'experts pour étudier les sectes dangereuses. Il n'y a pas encore suffisamment de représentation de la société civile laïque pour le moment en Russie mais le phénomène des dérives sectaires est bien compris. Récemment la Cour européenne des droits de l’homme a rendu un jugement à l’unanimité en faveur de deux groupes de la Scientologie en Russie, décidant qu’ils avaient le droit de se faire enregistrer en tant qu’associations religieuses conformément aux lois russes. Pour le moment la Russie n'a pas donné suite à ce jugement. L'infiltration dans les pays de l'Est s'est faite souvent à travers les institutions scolaires et universitaires comme par exemple en Ukraine ou une étude approfondie a été menée pour arrêter la main mise de ces groupes sur le système éducatif du pays. Récemment, il y a eu une tentative similaire par la Méditation Transcendantale visant le système scolaire slovène.

Au mois de novembre dernier, l'association Croate membre de la FECRIS, a organisé un événement afin d'attirer l'attention des autorités sur le phénomène en Croatie. La presse était présente mais en général, il est très difficile pour une ONG n'ayant pas de support politique dans le pays d'attirer l'attention de la presse. La FECRIS qui vient de tenir sa conférence annuelle en Pologne a, encore une fois, découvert le manque d'intérêt de la presse locale. La secte contre laquelle je me suis impliquée personnellement est partout: en Belgique, au Royaume Uni, en France, en Allemagne, en Autriche, en Italie, au Luxembourg, en Suisse et ailleurs dans le monde. Elle avait même franchi le rideau de fer et proposait des cours de soi-disant yoga dans les orphelinats en Russie avant la fin de l'Empire soviétique. J'en ai même trouvé la trace en Islande. Les mentalités progressent très lentement mais les groupes sectaires sont toujours plus entreprenants et font malheureusement partie du paysage.

 

On annonce la fin du monde ou plutôt la fin d'un monde pour le 31 décembre 2012. Un phénomène planétaire est en marche sur fond de vente de bunkers, de yourtes, de kits de survie et de produits dérivés en tout genre. L'Apocalypse est aujourd'hui un véritable business.

 

En France, le Maire de Bugarach, un petit village dans l'Aude s'inquiète. Selon internet, cette commune sera préservée du grand cataclysme. Bugarach commence déjà à être pris d'assaut. Les maisons se vendent désormais à prix d'or, «quatre fois leur prix»... Mais où en est la lutte des familles aujourd'hui? Y a-t-il encore des associations performantes nées de l'électrochoc de l'OTS, subis par les familles?

 

En Belgique, vous l'avez entendu, il existe un bon degré d'information. D'autres pays ont également réagi mais les associations bénévoles ont des difficultés à survivre sans subsides. Les associations existent sur le papier mais sommeillent, avec des sursauts ci et là quand on a besoin d'elles. Les bénévoles ne peuvent tout faire.

  • Justice, tribunaux et garde d’enfants

Peut-on, en justice se baser sur les études, constatations et recherches existantes?

 

Aujourd’hui, dans le domaine de la justice, la dangerosité de la manipulation mentale n’est pas reconnue par les tribunaux. L’idéal de «liberté personnelle» est tellement développé que les professionnels de la santé hésitent à intervenir quand le patient refuse une transfusion sanguine (cf. Témoin de Jéhovah). Heureusement la loi prévoit une sanction pour «non assistance à personne en danger». Ceci n’existe pas dans tous les pays de l’Union Européenne (en Angleterre p.ex.).

 

Certains universitaires pensent qu’on ne peut pas empêcher quelqu’un d’entrer dans une secte pour autant qu’il soit majeur et consentant. On oublie que ces adultes entraînent leurs enfants dans une situation qui va entraver leur développement et leurs possibilités d’avenir. Récemment, lors d’une de nos permanences, j’ai eu la visite d’un ex-adepte qui venait de sortir d’un groupe nuisible et qui se sentait très isolé et abattu. Je lui ai demandé ce qu’il avait retiré de cette expérience ? Il m’a répondu : «Mon passage dans cette secte m’a appris ce qu’était un immense piège dans le domaine du pseudo-spirituel. Mais il a aussi volé l’enfance de mes enfants. Nous les avons entraînés dans cette secte».

 

Par le passé, les tribunaux refusaient souvent de prendre en compte le fait qu’un parent ou l’autre pouvait faire partie d’un groupe sectaire. On donnait systématiquement les enfants à la garde de la mère. Depuis, il y a eu quelques jugements importants qui pourront faire jurisprudence.

  • Conclusion

Il est important de rendre les citoyens sensibles aux dangers que représentent les groupes sectaires pour les jeunes, les familles et leurs enfants, et les individus. Il est peut être plus important de faire comprendre l'enjeu en éduquant les enfants. Un service d'aide et d'écoute est utile pour accueillir les victimes, mais il devrait être accompagné de mesures permettant de mieux faire connaître le problème aux enfants entre 15 et 20 ans car l'information et la connaissance peuvent développer l'esprit critique et agir comme un vaccin contre ces groupes nuisibles.

 

Voila ce que j'avais à vous dire sur l'état des lieux, aujourd'hui, concernant les mouvements sectaires qui abondent encore dans toute l'Europe. Une coopération vigilante et efficace s'impose à tous les observateurs avertis.

 

 

 

 


 

4.2.    Anne SCHOMMERS – Belgique

 

«Témoignage autour d’un drame familial lié aux dérives sectaires»

En février 2002, à l’hôpital de Saint-Vith, on diagnostique un cancer de l’estomac à ma maman. L’interne, bien gentil, prend rendez-vous à Saint-Luc à Bruxelles. Cela s’est passé un mardi. En rentrant à la maison, elle était bien entendu abattue, d’autant plus que c’était la première fois qu’elle était malade et on venait de lui dire qu’elle allait mourir bientôt. Elle avait peur, peur de la maladie.

Le plus jeune de mes frères, pour l’aider à surmonter sa peur, lui a alors dit qu’il allait prendre rendez-vous chez un monsieur que je connaissais aussi, et qui allait pouvoir l’aider. C’est un ancien adepte de Geert Hamer, un médecin allemand, qui avait développé la Germanische Neue Medizin, qui a été depuis lors rayé de l’ordre des médecins en Allemagne, condamné en France, renvoyé d’Espagne et qui vit actuellement en Norvège où il continue à exercer. Cet ami de la famille nous a dit de suite qu’il pratiquait maintenant la Biologie Totale des êtres vivants. Il nous a promis qu’il pouvait nous aider, et a garanti à 88% qu’il allait guérir le cancer de ma mère.

 

Il a dit ceci: «Vous allez voir, si vous suivez mon traitement, ma thérapie, je vais vous guérir. Mais si vous allez à l’hôpital, ils vont vous donner de la morphine et vous allez mourir».

 

Ma mère a choisi la solution la plus facile, la plus agréable, qui était de suivre la thérapie chez ce monsieur ; je lui ai conseillé d’y aller si elle voulait suivre une thérapie comportementale, mais d’aller aussi à l’hôpital, parce que ça ce saurait si quelqu’un pouvait guérir le cancer sans aucun traitement médical. Moi je ne pouvais pas croire à ça. Ma mère m’a dit alors : «Non, non j’ai pleinement confiance en lui. D’ailleurs, il m’a dit que toute la famille proche devait me soutenir». Je lui ai dit que je ne pouvais pas faire ça, ce a quoi elle a répondu qu’en réagissant comme ça je la rendais encore plus malade. J’ai eu beau lui dire que c’est le cancer qui la rendait malade et qu’elle devait se battre pour le combattre, mais il n’y avait rien à faire, elle ne voulait pas aller voir de médecin.

 

Pendant quelques semaines ça allait encore, elle pouvait se lever, faire son ménage, mais petit à petit la maladie a commencé à prendre le dessus. Après un mois et demi, elle ne savait plus descendre les escaliers, son ventre avait quasi doublé de volume. Moi qui ne la voyais que le week-end, je lui ai fait remarquer que ça n’allait pas mieux, c’était de pire en pire ! «Non, non, tu vas voir, mon ventre gonfle et après je dois évacuer, et j’aurais alors combattu et gagné mon combat contre le cancer», a-t-elle répliqué.

 

Mais petit à petit sa situation a empiré. Elle ne mangeait plus rien, elle avait des difficultés à boire. Elle se remplissait d’eau, elle en avait jusqu’aux poumons. Pour elle, c’était normal, c’était l’évolution de la maladie, «il me l’a expliqué comme ça», disait-elle. Mais après 3 mois et demi elle savait à peine parler, mais elle ne voulait toujours pas aller à l’hôpital ou appeler un médecin, sûre qu’il allait l’aider.

 

Après 5 mois, et après avoir passé la dernière semaine à l’hôpital avec l’accord de ce monsieur, elle est décédée. La dernière parole que ce monsieur lui a dit, c’est : «Maria, tu n’as pas solutionné tes conflits. C’est de ta faute si tu n’as pas combattu le cancer !». Cela s’est passé en 2002. J’étais tellement révoltée. J’ai promis à ma sœur qu’on n’allait pas laisser l’affaire là, que l’on allait porter plainte. Cela fait 9 ans maintenant qu’on attend (NDR : le procès s’est clôturé entre temps).

 

Au début, je n’avais pas fait de rapprochement entre la Biologie Totale et les sectes. Ce n’est que par la suite que j’ai réalisé que ce monsieur agissait tout à fait comme dans une secte. D’abord il manipule, il fait un genre de lavage de cerveau, et quand les personnes sortent de chez lui après une première séance il les a déjà convaincues. Elles n’entendent plus que ce que lui dit par rapport à la maladie. Il a soutenu à notre maman que le cancer n’était pas une maladie, que cela se passait uniquement dans sa tête, alors que son ventre gonflait, que ses jambes étaient remplies d’eau. Elle aurait dû se rendre compte que ce n’était pas seulement dans sa tête, mais elle était partie là-dedans, à tel point qu’elle le vivait aussi physiquement dans son corps.

 

Un jour, j’arrive à la maison avec elle. Et on trouve un papier sur la porte : «pas de visite». Ma mère m’a expliqué que c’était lui qui demandait qu’elle ne reçoive aucune visite, même de sa famille, parce que cela la fatiguait, selon lui. J’ai répondu à ma mère : «Louis, il veut juste qu’il n’y ait pas de témoin, parce que tout ce qui se passe ici, quand ce sera public, tu verras ce qu’il en dira Louis». Il y avait beaucoup de discussions autour de cela. Quinze jours plus tard, mon père m’a dit que je ne pouvais pas dormir à la maison, parce je faisais trop de bruit, ma maman ne supporterait pas. J’en parle à ma sœur, qui n’a jamais entendu parler de ça. Mais par la suite, mon père m’a expliqué que ma mère criait de douleur toutes les nuits, et ils ne voulaient pas que je l’entende ! Parce que sinon, ma sœur et moi, on l’aurait emmenée de force à l’hôpital. Cette situation a continué, comme cela, jusqu’à sa mort. Et chaque fois qu’on trouvait un moyen de l’emmener voir un médecin, il n’y avait rien à faire, elle ne voulait pas en entendre parler.

 

Finalement, le dernier week-end de juin, j’ai annoncé que je ne viendrais plus la voir, je n’en pouvais plus. Le week-end suivant, le thérapeute est allé chez mes parents, et en rentrant, il a dit : «Ca sent la mort et le désespoir ici… Maria, tu ne t’es pas battue contre ton cancer, tu n’as pas solutionné ton conflit, c’est de ta faute si tu ne t’en sors pas». Toute la famille était sur place, sauf moi, et ma sœur a réagi. Ce n’était plus possible, elle a dit qu’elle n’était pas d’accord et qu’elle porterait plainte. C’est ce que nous avons fait fin juillet, et depuis lors nous attendons, l’affaire est arrivée devant le tribunal de Liège en 2010.

 

Je dois vous dire que ce n’est pas évident de porter plainte, d’être encore confronté pendant des années à cette histoire. Mais je ne veux pas que notre mère ait souffert, ait subi un calvaire, soit morte pour rien. Sans qu’on puisse sauver quelqu’un d’autre qui est au courant, qui sait comment ça se passe. Ce thérapeute, il demande des radios, des scanners, des analyses. Mais ce n’est pas un médecin. Tout ce qu’il veut c’est prendre du pouvoir sur vous. Je veux mettre les gens en garde. Et ce n’est évidemment pas gratuit. Au début, ma mère allait le voir, puis il est venu à la maison, ou par téléphone, plusieurs fois par semaine. C’était un euro par minute, plus les frais de déplacements. Pour le téléphone, c’était le même tarif que ce soit lui ou mes parents qui appelaient, et mes parents l’ont appelé souvent car l’état de ma maman se dégradait rapidement.

 

Modérateur : Comment avez-vous senti la justice réagir après le dépôt de votre  plainte ?

 

Déjà c’est très long, d’autant plus qu’il y a eu au début un problème de langue, mes parents habitant en Communauté germanophone, qui dépend de la juridiction d’Eupen, et le thérapeute vivait dans la région liégeoise. Il a d’abord eu la traduction des documents, puis pendant la durée de l’instruction on n’a pas eu beaucoup d’informations, on ne savait jamais très bien où elle en était. Nos avocats n’avaient pas plus d’informations. Ce n’est qu’en 2009, quand l’instruction a été clôturée, que nous avons pu voir ce qui avait été fait dans le dossier. Il y a des milliers de documents, des auditions, des commissions rogatoires, etc. On n’a pas les informations pendant l’instruction,  même si au moment même on ne se rend pas compte qu’il y a tout un travail qui se fait, je dois dire que je suis personnellement très contente du travail de la police judiciaire de Liège, même si ça a duré longtemps.

 

 

 

 

 


 

 

4.3.    Alain Dauvillé – France

Témoignage d’un membre de l’Association des victimes du Père Samuel

 

L’ensemble des membres du collectif des victimes du Père Samuel sont très honorés d’être invités à ce colloque et de pouvoir continuer à protéger les victimes, dénoncer les mécanismes sectaires, apporter sa contribution à améliorer les situations pour tous ceux qui souffrent.

 

Le collectif des victimes du Père Samuel est un collectif franco-belge, parce qu’il y a des victimes de part et d’autre de la frontière. Les membres sont des anciens adeptes, même si moi je suis une exception, puisque je suis une victime collatérale. C’est mon épouse qui fréquente le Père Samuel et qui entraîne mes 3 enfants là-bas. Je suis très concerné, mais je n’ai pas connu le Père Samuel de l’intérieur. Pour cela, sont présentes  ici aujourd’hui d’autres personnes que vous entendrez et qui elles, ont connu le mouvement de l’intérieur.

 

Je vais résumer ma présentation en plusieurs points, en rappelant tout d’abord qui est le Père Samuel ; qui sont ses adeptes, le phénomène de la séduction à l’addiction ; ses victimes ; se soumettre ou agir ; l’histoire du collectif ; et enfin les réussites, échecs et perspectives.

 

  • Qui est le Père Samuel ?

C’est un personnage au parcours sinueux avec une identité très ambivalente. Il a plusieurs noms. Il s’appelle Ozdémir de son vrai nom. En arrivant en Belgique, il se fait appeler Boniface, et il est mieux connu sous le pseudonyme Père Samuel. Le fait d’avoir plusieurs noms est déjà en soi quelque chose de peu clair.

 

Il a également plusieurs églises. Il a été ordonné dans l’église syro-catholique, une église orientale, rattachée au pape, mais qui comporte le moins de membres. Et arrivé en Belgique, il se retrouve dans le diocèse de Tournai, où il n’y a pas de diaspora Syro-catholique. Il doit donc s’adresser à des fidèles de rite latin. Il a déjà un statut particulier, est-il de l’église orientale ou occidentale ? Quand ça l’arrange, il bascule d’un côté ou de l’autre. Quant à ses propos, si on pouvait faire un montage vidéo des propos qu’il tient, quand un moment il dit le contraire de ce qu’il a dit précédemment, cela pourrait être amusant et pourrait surtout éclairer les adeptes qui boivent ses paroles sans le remettre en cause.

 

Il a un goût immodéré pour son image et le pouvoir. On le trouve dans la presse, la télévision, sur internet. Son site est celui qui arrive en premier quand on tape « Père Samuel » sur Google. Et beaucoup d’objets de religiosité à sa gloire, dont des livres, comme «La vérité selon le Père Samuel», des calendriers remplis de photos de lui, des cd audio, etc.

 

Il possède des ressources considérables aux origines douteuses. Il est arrivé en Belgique sans le sou, et maintenant il dispose d’un patrimoine immobilier, il a même acheté son église sur fonds propres, 400.000 euros. Il distribue de l’argent aussi, avec des justificatifs, beaucoup d’argent. Il possède une armée d’avocats célèbres pour de nombreux procès, j’en sais quelque chose et une armée d’acolytes pour le servir, de chauffeurs, pour tous ses besoins.

 

Les institutions, il les utilise pour les mettre à son service. Des institutions religieuses, le Vatican, le Liban, Notre-Dame de Paris où on le voit en vidéo avec le Cardinal XXIII. Il utilise aussi les instituions judicaires, puisqu’il dépose de nombreuses plaintes pour diffamation, contre des journalistes, des particuliers, dont je fais partie, contre des représentants politiques, des représentants religieux. Il utilise aussi les institutions politiques, puisqu’il a fait inaugurer son église par le bourgmestre de Charleroi, jouant ainsi d’une image respectable.

 

Il a une capacité à durer hors du commun, une aptitude exceptionnelle à cerner les personnes en quelques secondes, où est la personne, ce qu’elle demande, et donner l’impression qu’il est voyant, qu’il connait les besoins et qu’il sait y répondre. Sous une apparence pauvre, il s’exprime mal en français, mais là-dessous se cache un habile stratège malgré les dénonciations, les nombreux reportages qui le dépeignent.  En 2011, il est encore et toujours là. Déjà en 1996, Le Vif/L’Express dressait son portrait en décrivant très bien la mécanique du Père Samuel. Et on se rend compte que 15 ans après on en est toujours au même point, il y a encore des nouvelles victimes qui se font prendre par le Père Samuel.

 

  • Séduction des adeptes

Le Père Samuel séduit. Il dit : « je suis prêtre catholique et fier de l’être ». Donc il se positionne sur le terrain de la religion en s’attribuant une fonction de prêtre qui pour l’instant n’a jamais été invalidée. Et pour les gens, le prêtre est une personne à qui on peut se confier en toute confiance. Il est disponible et très attentif aux nouveaux venus. Quand on arrive on se sent quelqu’un d’important. Les propositions de prestations sont faites gratuitement, comme les bénédictions des maisons, protection contre les malheurs, guérisons miraculeuses, fournitures d’objets et de produits, tels que chapelets, médailles, sel, pain, etc. Il répond à toute heure, il se déplace de loin pour venir vous aider, chez vous, spirituellement, humainement, et même matériellement.

 

Avec Samuel on se sent reconnu, protégé, aidé. Son côté oriental chaleureux réconforte. Il a réponse à tout. Et dans des situations où il serait normalement mis dans l’embarras, comme quand il a fait croire à une personne atteinte du cancer qu’elle allait guérir, et que cette personne décède, il a réponse derrière pour dire que Dieu ne guérit pas tout le monde.

 

Il organise l’entraide matérielle entre les adeptes, il crée des liens, il donne des amis. Il n’hésite pas à toucher et à serrer contre son corps, montrant ainsi son engagement physique total pour son adepte, jusqu’aux limites largement franchies de l’attouchement. Il connait la mécanique du doute et fait des démonstrations magistrales, quitte à fabriquer des preuves pour convaincre définitivement.

 

Il y a quand même une condition pour recevoir tous ses bienfaits : il ne faut pas aller voir ailleurs, en tout cas pas de manière à ce qu’il se sente trahi. Sinon de terribles malheurs vont s’abattre sur nous, sur notre famille et sur nos proches.

 

Petit à petit on devient dépendant.  Notre vie privée n’a plus aucun secret pour lui, on lui attribue des capacités et des pouvoirs surnaturels, les photos de Samuel habillent les murs de notre logement, les chapelets, les objets bénis de Samuel se trouvent sur nous, sur nos vêtements, dans notre voiture, dans tous les lieux où nous vivons. De Samuel on lit les livres, on écoute la musique, on mange le pain, on ajoute le sel dans nos plats, on boit son eau bénite. La participation à son culte devient prioritaire sur la vie familiale et professionnelle, ses pseudos-messes durent plus de trois heures, ses propos sont rabâchés à un niveau sonore élevé. De cette façon là, petit à petit, c’est un véritable lavage de cerveau qui s’opère.

 

Sur son conseil, on en vient à se séparer de notre famille, divisée à son sujet, parce que tout le monde ne suit pas. On arrive aussi à quitter son emploi, il suggère de quitter son emploi pour se mettre à son service. On a reçu de l’argent de sa part avec une reconnaissance écrite, mais on a oublié ce qu’on avait donné avant et sans justificatif, quand on avait des biens et des revenus. On se retrouve dépendant d’autres adeptes, comme pour le logement ou pour les mariages, c’est lui qui constitue les couples.  On est convaincu que c’est grâce à Samuel qu’on est encore en vie, car sa protection nous a permis d’échapper aux maladies graves, aux malheurs, à la dépression, au suicide, à la mort. Autant de malheurs qui sont arrivés aux autres, qui ont pris leur distance avec lui ou qui l’ont attaqué, démontrant ainsi la vérité de ses propos et de ses pouvoirs. Il n’hésite pas à dire que l’évêque de Tournai qui l’avait attaqué à l’époque est décédé, et que l’avocat de cet évêque est également décédé, et que c’est bien une punition divine pour avoir attaqué le Père Samuel.

 

A tout moment il mesure son niveau d’emprise par des tests et des mises à l’épreuve, des rejets, des injures, des humiliations. A la longue, fréquenter Samuel nous met dans la souffrance, on  étouffe. Mais que faire ? Risquer de le quitter c’est s’exposer totalement. Si on ose surmonter nos peurs quel soutien y aura-t-il ? Surtout après avoir causé autant de dégâts à notre entourage, après avoir abandonné notre emploi, perdu une bonne partie de ses biens. On se sent piégé. C’est ce qu’on peut appeler la double peine.

 

Quand on est impliqué dans ces malfaçons, quand on constitue un risque pour lui, quand on possède beaucoup de vidéos, de documents, quand on a participé à ses transactions, etc. On peut alors représenter un risque pour lui, et là il reprend contact, et n’hésite pas à envoyer des adeptes, plusieurs fois s’il le faut, il est patient.

 

  • Victimes : se soumettre ou agir ?

Deux attitudes : s’écraser ou disparaître. Agir seul est vain, c’est le pot de fer contre le pot de terre. Agir en collectif, cela fait ressortir le rôle essentiel de l’association spécialisée pour accueillir les victimes ; le nombre de victimes qui veulent agir est faible, nous en savons quelque chose, nous ne sommes qu’une poignée, alors que nous savons que le nombre de victimes est élevé.

 

Vouloir agir ne va pas de soi. Il y a le désir de ne plus en entendre parler, pour ne pas remuer le couteau dans la plaie. Il y a le fait d’avoir honte de son erreur et du mal fait aux autres, mais aussi l’emprise qu’il peut encore avoir même après l’avoir quitté, et de vivre encore sous la peur et de chercher à rester caché.

 

L’histoire de la création du collectif de défense des victimes du Père Samuel est née d’une heureuse rencontre entre des victimes et une association, l’ADFI Nord-Pas-de-Calais. Cette rencontre a eu lieu parce qu’il y avait quelques plaintes en France et des gens qui avaient été adeptes du Père Samuel connaissaient quelques victimes en Belgique. Cette association a permis d’avoir la reconnaissance de notre état de victimes, par le biais de la présidente de l’ADFI qui connait les mouvements sectaires de l’intérieur. Parce qu’au départ on ne sait pas bien expliquer ce qui nous arrive. Quand on a affaire à quelqu’un qui a vécu la même chose, elle nous met sur le chemin, en nous donnant des conseils, en comprenant et reconnaissant tout de suite si nous sommes de véritables victimes ou si nous racontons des histoires parce qu’elle comprend de quoi nous parlons.

 

Avoir la reconnaissance de l’état de victimes est déjà une étape importante pour se retrouver avec les gens qui ont vécu ça et qui peuvent nous apporter des conseils très importants pour ne pas déraper. Parce que quand on a des situations où on se retrouve avec des comptes bancaires vidés, des voitures vendues, des enfants montés contre soi, avec des procès, on se sent comme les japonais devant le tsunami qui arrive à leurs portes.

 

L’ADFI donne aussi des méthodes d’action, puisque le collectif à l’avantage de ne pas être une personne morale, on ne peut donc pas attaquer le collectif en justice et ça permet également de ne pas avoir des noms de personnes qui sont des cibles particulières pour les personnes menacées par l’existence de ce collectif.

 

L’ADFI offre du soutien psychologique ou juridique, avec des psychologues et des avocats. On a pu aussi bénéficier du carnet d’adresses de l’association. Quand est arrivée une plainte pour diffamation non publique au tribunal de police de Cambrai, qui est l’événement qui a déclenché la visibilité publique du collectif, il y a eu juste avant cette audience la diffusion d’un communiqué de presse et le retour a été au-delà de nos espérances, car il y a eu une réactivité excellente. Il faut dire que parmi les avocats du Père Samuel certains sont célèbres, comme Julien Pierre, qui a défendu en son temps Marc Dutroux, ou un cabinet bien connu en France. Il y avait une telle disproportion entre les ressources pour attaquer et la plainte elle-même, diffamation non-publique, que les journalistes ont réagi au-delà de ce que l’on attendait.

 

Cette opération, qui n’avait aucune chance d’aboutir, je ne l’ai appris que bien plus tard, pour vice de forme, parce qu’il s’agissait concrètement de termes utilisés dans une requête de divorce, des termes tels que gourou et secte. Et ces documents utilisés en justice sont protégés contre les attaques, sinon cela empêcherait les droits de la défense. Donc cette plainte en diffamation, techniquement, ne pouvait aboutir. On s’est posé la question de savoir pourquoi alors Samuel avait décidé de déposer plainte. Après coup, on a compris la méthode du Père Samuel. Son objectif n’était pas de gagner son procès, l’objectif était d’écraser celui qui voulait se lever contre lui. Et quelque part, on peut dire qu’il y a plus ou moins réussi, parce que s’il n’y a pas de procès, les frais d’avocat ne peuvent pas être demandé à la partie adverse, autrement dit celui qui est victime se retrouve avec des frais d’avocat à sa charge. Il y a donc un préjudice financier occasionné. Et Samuel a de grands moyens, beaucoup d’avocats, et non des moindres, et le message est clair : gare à celui qui voudrait s’en prendre à lui.

 

Cependant, la réactivité des médias a permis de renverser la situation, parce que l’opération d’intimidation, qu’il avait lancée contre moi, avait pour seul but de m’écraser. Toutefois, il ignorait qu’un collectif avait été créé et que quand l’audience a eu lieu, les médias étaient là, les télévisions, notamment. Cette opération-là s’est retournée contre lui, cela lui a fait une publicité sur ses pratiques qui nous a servi aussi pour la sensibilisation du plus grand public.

 

  • Le collectif : réussite, échecs

Notre principale réussite, c’est la couverture médiatique, notamment en Belgique : un reportage télé, sur La Une, dans l’émission « Questions à La Une », un reportage en France, France 3 Nord-Pas-de-Calais, 3 reportages en tout, et un reportage dans le journal de TF1 et un sur M6. Soit une couverture médiatique comme je l’ai déjà dit qui a dépassé nos espérances. Et cela, ça permet de réussir la sensibilisation, alerter l’opinion pour que les gens sachent que Samuel, c’est un personnage dangereux.

 

Au-delà de l’aspect médiatique, l’existence d’un collectif permet de partager et de se soutenir entre les différentes victimes. Quand quelqu’un raconte ce qui lui est arrivé et se rend compte qu’il n’est pas seul, que l’autre a vécu la même chose, c’est là qu’on prend la dimension collective du problème.

 

Un des principaux échecs, c’est le peu de victimes qui rejoignent le collectif, alors qu’on sait qu’il y en a beaucoup. Au niveau des autorités, on voit que Samuel est toujours en place, toujours en train d’agir. Hors, quand on voit qu’en 1996 toutes ses pratiques étaient déjà décrites et dénoncées, et que 15 ans après il continue d’agir.

 

La lenteur des procédures est aussi un échec. Samuel fait tout pour les prolonger, les faire durer, aussi bien devant la justice civile que devant la justice de l’église catholique. Et au jour d’aujourd’hui, il y a toujours de nouvelles victimes, puisqu’il est toujours en train d’agir. Au niveau de nos perspectives, il y a des procédures, en justice civile. Il y a un procès pour lequel il y a des éléments financiers pour escroquerie. Au niveau de ce procès, la juge d’instruction a été l’objet d’une demande de destitution sur base qu’elle avait écrit que nous étions victimes, et il aurait fallu qu’elle écrive que nous serions victimes, au conditionnel, pour respecter la présomption d’innocence. Sur ce terme là, il y a eu une action pour demander que la juge d’instruction soit dessaisie de l’affaire, cette action à échoué. Il y a eu un appel, qui a aussi échoué. Ensuite, une action en cassation, avec le même résultat. Et donc, on se retrouve au point de départ. Et depuis, un an s’est écoulé, et on va se trouver dans des procédures à rallonge.

 

Au niveau de l’église catholique, c’est un petit peu la même chose, comme il s’est mis de manière parallèle au niveau de l’église, cela complique le traitement de son dossier. C’est l’évêque de Tournai qui a autorité sur le Père Samuel. Il y a une procédure de suspension du Père Samuel, qui a attendu le délai maximal pour faire appel à Rome. Même dans la justice religieuse, il opère de la même façon, à savoir qu’il joue sur la procédure le plus longtemps possible.

 

En conclusion, ces descriptions sont peut-être laconiques au niveau d’exemples concrets. J’invite dès lors deux de ses victimes à venir s’exprimer devant vous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4.4.    Marie PUOPOLO, représentante de l’Association des victimes du Père Samuel- Belgique

«L’abus de pouvoir et la manipulation mentale des victimes de sectes»

Depuis 1992, jusqu’en 2004, j’ai fréquenté le soi-disant Père Samuel. Et cela en deux étapes, j’ai été fidèle de fin 1992 jusqu’en 2002 et ensuite jusque juin 2004 je suis rentrée dans sa congrégation religieuse, je suis devenue religieuse chez lui, sous le nom de Sœur Marie de Saint-Paul. Je pensais vraiment que c’était religieux, c’est pourquoi je me suis dépouillée de tout, j’ai quitté mon travail, j’étais aide-familiale, j’ai donné mon préavis, j’ai quitté mon logement, je suis vraiment rentrée dans la congrégation avec conviction. C’était réellement un espoir pour moi, un rêve réalisé que j’avais depuis l’âge de 13 ans. Entretemps j’ai été mariée, j’ai 3 enfants, je suis devenue veuve, et c’est pourquoi je pensais pouvoir réaliser mon rêve.

 

De fil en aiguille, je me suis rendue compte que malheureusement je suis tombée de haut. Ce fut un choc pour moi, pire qu’un divorce, je me suis fait piégée. C’est-à-dire qu’il n’y avait vraiment pas d’esprit religieux dans ce couvent, pas de prière, pas de messe, tout ce qu’on peut vivre dans un couvent, de liturgie, de règles, tout cela était inexistant. On ne pouvait même pas ouvrir les rideaux, les fenêtres devaient être fermées. Il est très subtil, en nous disant par exemple quand on voulait regarder la télévision ou aller dans le jardin, il nous disait que ce n’était pas nécessaire parce qu’aller se promener dans le jardin cela ne se fait pas parce que le péché était rentré par le jardin en référence à Adam et Eve. C’était vraiment des histoires !

 

Le comportement des soi-disant religieuses était négatif, il y avait des dépressions, des disputes, il n’y a avait pas de charité, pas d’amour. Il n’y avait qu’une compétition pour plaire au prêtre, au père, à l’homme. Et cela ça lui plaisait.

 

Entretemps, ça m’a interpellée, cela ne me plaisait pas. Je me sentais piégée. Je ne voulais plus rester. Je lui ai fait part de mon intention de quitter le couvent. Il m’a alors invitée à en discuter, à boire un café, il me dit : « Ca vient de Dieu, tout va bien, etc. » Et je me disais : « Cause toujours, moi je vais décamper, parce que c’est tricher avec Dieu, tricher avec les gens », c’était insupportable pour moi. J’étais vraiment déçue et je me demandais comment faire pour partir, cela semblait impossible. Il y avait deux responsables, frère Evangile et sœur Marie-Jérôme, et grâce auxquels le Père Samuel pouvait donner le change au niveau liturgique. Parce Samuel ne connait strictement rien à la liturgie c’est toute une parade, un jeu de rôle extraordinaire, on s’y croirait. Moi je vois plutôt qu’on est dans une pièce de théâtre, dans laquelle nous sommes des pions. Il se sert de nous, et lui fait bien son beurre. Il s’occupe bien de sa personnalité, il est très narcissique. Tout est posé sur lui. Il se sert de la religion pour lui. Il se prend même pour dieu lui-même ! Alors là, c’est fantastique, plus besoin d’aller voir ailleurs on a Dieu devant soi.

 

De ce fait là, en juin 2004, un jour d’élections, j’en ai profité. Il faut dire que j’étais bien avec une famille, qui m’a aidé à déménager de ma cellule si on peut dire. Une cellule dans laquelle j’ai pourtant vécu des moments extraordinaires, je vivais vraiment ma foi avec le Christ, religieusement. A ce moment-là, c’était vraiment fabuleux. Par contre quand je sortais de ma cellule, c’était l’enfer, un contraste. C’est ainsi que grâce à ces personnes, j’ai pu quitter la congrégation, le couvent, ou plutôt quitter le Père Samuel.

 

Depuis lors je me porte très bien, je suis en bonne santé, je ne suis pas dépressive, je ne suis pas mourante. On peut donc vivre sans le Père Samuel. Je récupère ma personnalité que j’avais perdue. Il faut dire que quand je suis sortie de là, j’étais comme une droguée. Je ne savais plus dans quel monde j’étais, je ne savais même plus où j’étais, c’était une autre dimension. Quand j’étais à l’intérieur je n’imaginais pas, c’est seulement quand je suis sortie que je me suis rendue compte que là il y avait quelque chose qui n’allait plus. C’est vrai que pendant 3 ans ça m’a fait beaucoup de mal, j’ai beaucoup pleuré, cela m’a amoindrie. Et puis je me suis dit qu’il fallait me reprendre, j’ai fait un travail sur moi-même, et là je suis bien, j’ai la joie d’avoir rencontré d’autres victimes, on est un collectif, cela nous donne plus de force.

 

Et personnellement, il peut avoir tous les avocats du monde entier ce n’est pas ça qui va nous faire taire. On va continuer notre combat. Si la justice veut bien nous défendre et faire son travail c’est magnifique. Nous on est là pour qu’il n’y ait plus de gens qui se fassent prendre au piège. Vous perdez votre personnalité, vous perdez votre famille, vous perdez votre argent, vous perdez tout. On est vraiment détruits dans tous les sens. Maintenant, moi, je me reconstruis.

 

 

 


 

4.5.    Claudia – Collectif des victimes du Père Samuel – Belgique

« Nouveau témoignage d’une victime du Père Samuel »

 

Je suis assez consternée par tout ce que j’ai entendu ce matin. Je remercie évidemment tous les politiques pour tout le travail fourni, et certains résultats, mais d’un autre côté je suis tellement triste.

 

On juge un arbre mort d’après ses fruits, et les fruits aujourd’hui, c’est qu’on n’est nulle part. Pour moi, suite à une action, il faut une réaction. Et moi je suis choquée quand j’entends dire que les victimes ont des difficultés à s’exprimer. Mais pas du tout, pas du tout !

 

Bien sûr, quand on se rend compte du pot-aux-roses, il y a un petit temps où on tombe de très haut, il faut un temps pour remettre ses idées en place, pour se reconstruire, et très vite on reprend le dessus. Mais en face de nous on a un monde politique, un monde judiciaire, comme on l’a entendu ce matin. On sait très bien que nous, au final, on n’a pas besoin de ça, même si c’est nécessaire. C’est leur job, leur jargon, nous autres on n’a pas besoin de ça. On a bien sûr besoin d’être entendus, d’être reconnus, mais ce dont on a besoin  avant tout c’est de faire enfermer ces gens-là, les arrêter. Arrêter de faire du mal, de détruire des familles. Il y a des gens qui se suicident, il y en a qui vont jusqu’à la mort. Mais il n’y a pas que la mort physique, il y a aussi la mort mentale, la mort psychologique, il y a la mort d’une famille, la mort de tous les collatéraux, les parents, mon fils en l’occurrence, toute la famille, tous les amis, le job, le côté financier, tout, absolument tout est détruit. Vous prenez un lance-flammes et vous détruisez tout, il ne reste plus rien.

 

On peut se demander comment les gens se laissent prendre par des gourous ? On dit souvent que ce sont des gens en état de faiblesse. Je m’insurge de toutes mes forces contre cela, parce que c’est faux. La preuve, c’est que par exemple moi j’en suis sortie, et pour en sortir il faut une force phénoménale. On est vraiment sous une emprise psychologique, on devient son propre bourreau par rapport à soi-même, et ce n’est plus possible de s’en sortir. On fait partie d’un monde, mais le vrai  monde on l’a quitté depuis bien longtemps.

 

La première fois que j’ai rencontré le Père Samuel, j’étais avec maman et une amie de ma maman. J’étais prudente, je me suis dit de faire très attention où je mets les pieds, surtout ne pas m’embarquer dans une secte. J’ai un minimum d’instruction, je sais ce qu’est une secte. Il nous reçoit très chaleureusement, avec une tasse de café. Il reçoit d’abord l’amie de maman, pas longtemps, 5 minutes, pendant que maman et moi nous attendions dans la cuisine. Puis ma maman, seule, et là je gamberge, je me dis que je passe encore la dernière. Puis il me reçoit, il pose quelques questions, d’ordre général, sur la famille. Puis il vous laisse sur votre faim, vous avez l’impression qu’il vous a écouté 5 minutes, puis au moment de partir vous vous dites que ça a été trop court, vous n’avez pas eu le temps de lui expliquer, de lui parler de ce qui se passe, de ce que vous attendez de lui, etc. Trop court aussi pour savoir où vous mettez les pieds. Ensuite, il vous propose très gentiment de revenir. Et là vous retournez seule, et alors là je dirais qu’il utilise une technique commerciale, en commençant par l’introduction, du style pourquoi être venue me voir, ce qui vous amène ici. L’étape suivante, c’est la mise en confiance, par des phrases comme «heureusement que vous êtes venue chez moi parce que franchement, je suis voyant, j’ai vu que vous alliez avoir un très grave accident», ou «vous avez la chance d’être ici parce que vous avez en face de vous un prêtre  non seulement voyant et guérisseur mais en plus pur et vierge, disponible 24/24, qui vous écoute. Quel est le prêtre aujourd’hui, dans son palais de l’Inquisition, en jeans, qui est là quand vous avez besoin de lui ?» Ensuite il pose des questions : «êtes-vous mariée, vous avez des enfants ?», en tout neuf questions, c’est ce que j’appelle l’interrogatoire. Il pose des questions, mais il est très observateur, il voit votre alliance, votre état défait, en compote. Et à ces neuf questions, vous allez répondre à chaque fois oui, parce qu’il connait les réponses, et à la dixième question, à laquelle vous devriez répondre non, vous allez dire oui, parce que vous l’avez fait neuf fois auparavant. Et vous êtes parti dans un schéma mental insidieux, vous êtes déjà dedans. Ensuite, il y a tous les points positifs, et tous les points négatifs. Point positif : la société c’est comme un arbre sans racine, prêt à tomber. Par après, il y a l’arrêt avant l’assaut final c’est-à-dire qu’il médite, il marche, les mains dans le dos, vous êtes un peu confus, ou alors il s’endort ! Il ferme les yeux, assis devant vous, il baisse la tête, et là vous êtes très mal. Je fais quoi ? C’est un piège ? Pas de piège ? On ne sait pas. Et puis l’assaut final, voilà, tout à coup il se réveille ou il s’arrête de se promener en méditant, et il vous glisse un petit papier en vous disant d’y inscrire votre nom et votre date de naissance et il vous demande de revenir dans 21 jours. Pourquoi 21 jours ? On n’en sait rien, je suppose parce que 21 jours c’est un chiffre sacré. Et il demande qu’on ramène du sel et de l’eau. Alors vous posez des questions, mais il répond «de ne pas se tracasser, de faire confiance à Dieu, Dieu est là dit-il, Dieu pourvoit à tout, on vous expliquera tout, mais revenez dans 21 jours», ajoute-t-il. «Mais revenez lors de la messe. Parce que c’est bien de venir me voir, Dieu va vous récompenser, mais ce n’est pas tout, il faut faire un petit effort».

 

Et il fait toujours de parallèles par rapport à la Bible. Vous savez, je n’étais pas faible, mais j’étais dans un état émotionnel assez grand, du fait que je venais de quitter mon mari et que je voulais entamer une procédure de divorce. Mais nous avons tous des problèmes, chacun de nous, un moment dans notre vie. Est-ce qu’on est dans un état de faiblesse pour autant ? Non. Il m’a dit, «vous savez, ne vous en faites pas, ne vous tracassez pas. Pour l’instant vous êtes un petit peu comme de la nourriture pour chats et chiens, vous savez, vous êtes affaiblie. Mais petit à petit on va vous remettre sur les rails, vous allez devenir forte, vous allez devenir quelqu’un, si vous faites confiance à Dieu».

 

21 jours plus tard vous êtes curieuse, vous allez à la messe. Une messe de 4 heures (!) durant laquelle il dit plein de vérités. Toujours sceptique, toujours avec l’idée de faire attention de ne pas être dans une secte. Tous ses dires, vous en prenez notes, vous allez tout vérifier dans la Bible, Ismaël 5, etc, etc. Puis petit à petit vient la bénédiction du sel, la bénédiction de l’eau, on vous explique comment l’utiliser, comme le mettre dans la tasse de café de votre voisin, comme ça vous pourrez le convertir. Ben oui, «parce que tous les drames de la société viennent du fait que nous avons perdu Dieu. Il ne faut pas oublier que l’Occident a été construit par les saints, par les catholiques. Et l’homme a oublié cela. Voilà d’où les problèmes arrivent». Tout est logique…

 

Vous y allez une fois, deux fois, il y a une ambiance chaleureuse. C’est convivial. Après la messe de 4 heures il y a distribution du café. Puis la distribution des cassettes. Dans ses sermons il fait l’éloge de la femme, la femme l’avenir de l’homme, l’homme produit de l’éducation. Pourquoi ? Parce que la femme enfante, elle éduque les enfants. Puis, petit à petit, il met toutes les femmes sur un piédestal. Quand il vous reçoit en privé, il vous félicite. Puis il vous dit : «Vous savez, franchement, en pantalon jeans ça va pas, hein. Ce n’est pas très chrétien. Même dans la silhouette, il y a une cassure. Quand vous portez du long, c’est plus majestueux». Cela se fait progressivement. C’est comme quand il dit que l’Islam n’est pas pressé, lui non plus n’est pas pressé, cela peut prendre des années, 10 ou 20 ans si il le faut. Mais la première fois qu’il vous reçoit, il vous a déjà cerné, c’est une chose, et il vous a déjà aussi tout programmé. Cette personne, prendra 5 ans, 10 ans, mais tôt ou tard il va vous piéger. Toutes les années qui précédent, il est comme un père spirituel. Il est fantastique, il est positif, il vous donne franchement de bons conseils. Vous avez besoin d’un avocat ? Il vous conseille, vous dit quoi dire, etc. Au début vous êtes un petit peu comme un petit oiseau sans plumes, évidemment, en période de divorce. C’est fortement émotionnel. Et puis, petit à petit, il vous redonne cette force qui vous rend très fort. Vous n’avez plus besoin de lui, mais ce sont ses paroles à travers vous. On rentre ainsi dans des schémas mentaux.

 

Où que vous alliez, il faut surtout prendre la défense du Père Samuel. Parce que lui il vous prodigue du bien, et vous êtes bien, ce n’est pas un mensonge. Alors évidemment quand vous allez quelque part, dans votre famille, chez des amis, vous en parlez vraiment comme d’une perle rare. Vous voulez convaincre vos amis, votre famille. «Un prêtre comme ça on n’en rencontre plus, il nous écoute, nous donne de bons conseils, il est encore venu hier soir chez moi pour bénir ma maison, etc…» Vous commencez à y croire vraiment. Moi, j’ai mis 4 ans avant de donner ma confiance totale. Mais alors, pendant ses sermons, il règle ses comptes. Il dit publiquement qu’il ya beaucoup de personnes qui ne se sont pas confessées depuis longtemps, en soutenant qu’il ne peut nous faire confiance si nous ne nous confessons pas. «Si je ne peux pas vous faire confiance, cela veut dire que vous me trahissez», sermonne-t-il. «Alors qui n’est pas avec moi est contre moi, comme a dit le Christ dans la Bible. Mais vous, n’oubliez pas votre objectif, c’est pour lui que vous êtes là». C’est son cheval de bataille. Il vous donne la foi, il vous renforce dans votre foi. Et vous croyez vraiment de plus en plus. Il fait un parallèle avec les premiers chrétiens quand le Christ est venu sur terre.

 

Il vous emmène donc dans certains schémas mentaux, il vous utilise, il vous avilit physiquement, il vous met à son service. Il vous utilise pour emmener quelqu’un à l’hôpital, ou il vous téléphone la nuit, ou il vient chez vous dîner le samedi soir et il vous quitte à 3 heures du matin, alors que vous avez un bébé, et qu’à 4 heures vous devez vous relever pour donner le biberon avant de vous taper 100 kilomètres pour aller à la messe avec les poussettes, les enfants, etc.

 

J’ai toujours voulu une famille nombreuse. Peu après sa naissance, on découvre que ma fille aînée avait une triple malformation cardiaque, nous n’avions rien vu avant la naissance. On la monte en néonatologie. Une semaine plus tard, opération à cœur ouvert, je vous passe les détails. C’était un enfer. Je me retrouve toute seule et je téléphone au Père Samuel. Injoignable. La seule fois où j’ai besoin de lui il n’est pas joignable. Finalement l’opération se passe bien. Mais au bout du compte, 21 jours plus tard, elle décède d’une hémorragie cérébrale. Que faire ? Téléphoner au Père Samuel : «Mais enfin, mon père, que se passe-t-il, je me suis confessée pendant tant d’années, j’ai fais le carême, j’ai fais de mon mieux pour être une bonne chrétienne, alors qu’est-ce qui m’arrive, pourquoi ce malheur ?» Seule réponse : «Vous n’avez qu’à savoir ce que vous avez fait !» Prenez ça dans les gencives…

 

La semaine d’après vous téléphonez, vous êtes en pleurs, et vous vous faites engueuler, «Mais enfin, pourquoi vous pleurez comme ça ?» mais je suis choquée, je viens de perdre mon enfant. Vous êtes évidemment à côté de vos pompes, vous ne savez pas quoi répondre. «Ecoutez mon Père, si je ne pleure pas je deviens folle. Mettez-vous à la place d’une maman qui vient de perdre son enfant pour voir ce que vous allez faire. Elle n’a pas commis de crime pourtant !».

 

Et là on en revient aux confessions, pour lesquelles il n’y a pas de secret, il les dévoile à gauche et à droite. Et avec les années, quand il sent que vous lui accordez toute votre confiance, petit à petit vient la destruction lente et progressive. Là il commence à jouer un double jeu, voir un triple jeu, et dévoile ses mille facettes. Là, il vous casse. Vous, vous continuez à croire à ses bons conseils et derrière votre dos en fait il prépare votre destruction lente. Il vous amène à la catastrophe. Il vous conseille de ne plus travailler, il dit à votre mari de ne plus travailler non plus. Quand il n’arrive pas à vous convaincre, il vous invite à aller boire un café chez son neveu. Lui quand il ne sait pas faire son boulot lui-même, il le confie à d’autres, comme son neveu, qui va vous dire que le Père Samuel a fait des miracles, que ça a marché avec lui, etc. Il a tous ses pions mis en place, dans un schéma hors duquel vous ne pouvez plus sortir. Mais entretemps, vous, vous avez coupé tous les ponts avec votre entourage, votre famille. Et quand cela vous inquiète, que vous allez en parler avec lui en qui vous avez placé toute votre confiance, il vous conseille de faire la paix, comme tous bons chrétiens. Mais rapidement, après la 4ème ou 5ème fois, il vous assène «que tout chrétien doit conserver sa dignité, et que maintenant ça suffit, c’est l’avocat» Mais il sait que vous n’avez pas d’argent, puisque vous avez arrêté de travailler, il fallait profiter du système. Alors il vous rassure, c’est lui qui paiera les avocats. Un avocat, un autre pour mon fils. Plus les procédures. Et progressivement, c’est la destruction lente. La destruction est à tous les niveaux.

 

Tout au long de ces années, de ces 15 ans passés là-bas, on se rend compte qu’il y a des choses qui sont tout à fait incohérentes. Mais il a des réponses à tout ça. Il dit : «le chrétien doit pouvoir défier le monde». Il a dit ça, mais il faut penser tout à fait le contraire. C’est logique !

 

Vous savez, au fil du temps, vous avez comme des pièces de puzzle dans votre poche. Quand vous allez lui parler en direct, c’est comme quelqu’un qui remet le couvercle sur votre tête pour encore mieux vous enfoncer et que vous continuiez à ne pas y voir clair. Mais vous y voyez clair. Il y a une petite voix qui vous dit qu’il y a des choses qui clochent, mais vous ne pouvez plus bouger. Vous êtes comme piqué par une vipère et vous ne pouvez plus bouger. Mais vous n’avez pas la pièce finale de ce puzzle. Jusqu’au jour où vous l’avez cette dernière pièce, et alors là, vous pouvez quitter. Je me suis dit que le jour où j’ai une preuve que c’est une secte je partirai. Et je l’ai trouvée. Et du jour au lendemain j’ai quitté. Et là, vous vous dite, mon dieu. Je n’allais plus boire un verre en terrasse, je ne partais plus en vacances, vous avez peur de ce monde dans lequel vous devez évoluer. Parce que vous n’en  faisiez plus partie. Et puis on n’a plus peur, on se reconstruit petit à petit, mais qui peut nous aider ? Personne ! Vous avez coupé les ponts avec tout le monde. Vous vous retrouvez sans famille, sans amis. Moi j’ai perdu mon fils dans l’histoire, parce qu’il s’est révolté, il voyait très clair, il y a eu un problème de communication. Maintenant il a 22 ans, il ne travaille pas, il ne fait plus rien. Au passage, le Père Samuel conseille gentiment aux jeunes d’attendre l’héritage de leurs parents. Pour lui, «les gens qui sont riches sont comme les cochons gras, ils ne sont profitables qu’après leur mort». Ce n’est qu’un exemple que je vous donne ici, parmi des milliers d’autres.

 

J’ai connu des gens qui ont fait faillite, qui ont contracté des emprunts pour pouvoir lui donner de l’argent. Moi, à un moment donné j’étais prête à vendre ma maison, et heureusement que je n’en avais pas à ce moment-là, de maison, sinon je l’aurais vendue pour lui.

 

Quand on sort enfin de là, on veut parler. Mais on se retrouve face à un monde politique, un monde judiciaire, cela prend des années. On n’a qu’une envie, de parler, mais quelle est la réaction ? On se retrouve face à un monde judiciaire avec son jargon propre. Ceci dit, je remercie vivement la police fédérale qui a fait un boulot formidable, mais après il y a quoi ? Nous, on a juste envie de vivre autre chose, après tant d’années,  de profiter pleinement de tout ce à côté de quoi on est passé pendant toutes ces années. Mais on doit chaque fois rouvrir cette petite porte et retourner dans le passé, alors qu’on a l’impression que ce n’est plus notre histoire. Et pourtant, ça l’a été, notre histoire. Et c’est pour ça qu’il y a plein de gens qui ne veulent pas témoigner, parce qu’ils vivent encore dans la peur à l’heure actuelle. Pour entretenir cette peur, le Père Samuel prend toujours les exemples de Marie-Madeleine, que le Christ a chassé. Si vous n’entretenez pas le sel béni, par la messe, par les confessions, les démons vont faire leur petit tour et au lieu de revenir à 7, ils vont revenir deux fois, trois fois plus nombreux. Il vous maintient toujours dans la peur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

4.6.    Roland PLANCHAR, journaliste d’investigation – Belgique

 

«L’évolution du phénomène sectaire en Belgique»

Les croyances n'intéressent le journaliste judiciaire que lorsqu'elles tombent du mauvais côté du droit commun. Ce sera l'angle principal de mon intervention, mais pas le seul. Je voudrais d'abord profiter de la tribune qui m'est offerte aujourd'hui devant un public intéressé ainsi que les députés André Frédéric et Yvan Mayeur pour dénoncer une situation qui me paraît aberrante. Celle que la loi sur le droit de réponse a instaurée :

 

1) Le droit de dire n'importe quoi

 

Comme d'autres et voilà longtemps déjà, notre législateur a en effet ouvert le droit à toute personne ou tout groupement qui y serait mentionné d'obtenir la publication d'un contre-article à la suite d'une publication dans un journal. Ce contre-article peut légalement atteindre le double de la taille du papier journalistique mis en cause. En théorie, il doit de surcroît être publié sous une présentation similaire à celle d'origine et ne peut être assorti d'une réplique.

Si le principe me convient en général, cela conduit, dès que l'on parle des sectes, à de graves errements. Il faut en effet savoir que, comme 20 ans de pratique me l'ont montré d'abondance, ces organisations sont celles qui usent proportionnellement le plus du droit de réponse. Et, surtout, qu'elles profitent de l'aubaine pour faire passer leur message et se présenter sous un jour fallacieux, sans que le média soit, au plan théorique, en mesure de répondre.

J'en ai trouvé moult exemples. J'en retiens un seul. Avoir signalé que "Maharishi s'invite au salon de l'éducation 2007" et avoir rappelé que ce groupe affirme que ses élus pratiquent la lévitation, cela m'a valu de recevoir un droit de réponse où il se disait que François d'Assise et Thérèse d'Avila étaient, je cite, "de grands saints volants" et que Sainte-Thérèse s'élevait même "à un mètre au-dessus du sol"...

 

Mais si cela peut prêter à rire, il est lamentable que la loi prévoie que ce qui suit soit d'office publiable : "Présenter le programme MT (Méditation transcendantale) Sidhi incluant le Vol Yoguique était le but de notre stand au salon, pour démontrer aux éducateurs qu'il existe des techniques scientifiquement prouvées qui fonctionnent avec une efficacité remarquable et qui ont pour effet d'augmenter la cohérence des ondes cérébrales. La recherche montre aussi qu'il y a augmentation de la créativité, de l'intelligence, du temps de réaction, de la mémoire avec un comportement plus harmonieux. Par conséquent, les élèves sont plus alertes, leurs résultats scolaires sont meilleurs". Quel est l'effet d'une telle lecture sur des enseignants ou élèves peu au fait de la situation ?

 

Au final, là où la loi prétendait à bon droit rétablir l'équilibre entre les individus et la presse, elle conduit en réalité celle-ci à éviter de permettre à ces "broyeurs de conscience", pour reprendre l'expression du député André FREDERIC, de faire leur promotion. Donc à raréfier les sujets "sectes". Donc les mises en garde au public...

Dans cet ordre d'idées, je dois vous dire que les mouvements dont nous parlons aujourd'hui sont aussi très prompts à attaquer la presse en justice (ils utilisent du reste un cabinet d'avocats qui semble s'être spécialisé sur le sujet). La presse est pauvre, mais eux sont riches. Et les avocats coûtent cher...

 

2) Trois axes :

J'en viens au thème qui est davantage le mien aujourd'hui : l'évolution du phénomène sectaire en Belgique.

C'est une opinion que j'émets ici, sur la base de divers constats et en conformité avec l'avis de plusieurs observateurs de premier plan. Mais pas une prédiction : il n'existe pas de chiffres du futur et je n'ai pas de boule de cristal.

Cependant, l'avenir du phénomène sectaire me semble devoir emprunter trois voies distinctes (ceci acceptant des exceptions) :

 

  1. les petits gourous, entre soi-disant psychothérapeutes et "coaches" à la mode, vont encore croître en nombre;
  2. idem pour les mouvements spectaculaires, façon évangélisme;
  3. en revanche, les sectes "classiques", entre les "yogis volants" et les "thétans opérationnels" capables de traverser les murs, me paraissent vouées à une sévère diète des vocations.

 

Reprenons, dans l'ordre :

 

  • La présence de petits gourous que sont les pseudo-thérapeutes de tout poil devrait se poursuivre, et même se développer. Quelle est leur dangerosité ? Prenons l'exemple de Louis Vliegen, dont cette autre intervenante du colloque qu'est Mme Schomers a eu à subir les funestes conséquences – je parle du décès de sa mère, sans soins. L'intéressé se présentait ouvertement dans un proche passé, sur Internet, sur ses affiches, comme "psychothérapeute en gestalt avec décodage psycho-biologique" (si quelqu'un dans la salle peut m'expliquer ce que cela veut dire au juste, qu'il le fasse), alors qu'il ne disposait d'aucune formation médicale reconnue (celle basée sur une prétendue "Biologie totale" du très discuté Français Sabbah étant hors-jeu). Selon moi, le rôle du "guérisseur" Vliegen correspond bien à celui d'un gourou. Ceci vaut à mon sens également dans d'autres domaines propices, car visant des individus en recherche d'équilibre, donc fragilisés, domaines où il est question du bien-être ou du développement personnel. Je pense à cet égard aux "coaches", dont l'un de mes amis, un magistrat, a été la victime. Son épouse en a fréquenté une, avec pour effet que leur couple a volé en éclats. Epouse qui, par anecdote et pour payer les "services" de sa coach, a revendu son Audi, pourtant pas bien vieille, et prend désormais le bus... mais sans ses enfants, dont elle s'est en partie détachée.

 

Bref, tous ceux-là ont le vent en poupe et le nombre de leurs victimes ira croissant, je le crains.

 

 

  • Même évolution "positive" pour les mouvements évangélistes, que l’on voit grandir un peu partout mais plus encore à Bruxelles. D'abord en s'appuyant sur les communautés africaines et brésiliennes, ils s'étendront ensuite plus encore à l'avenir mais, je le pense, alors sans distinction des origines.

Il s'agit principalement de dissidences de la tradition chrétienne, côté protestant avec les mouvances pentecôtistes ou baptistes, côté catholique avec certains néo-charismatiques.

Il est malaisé de chiffrer leur croissance mais, à mon sens, même si personne ne se risque à un pronostic, c'est par milliers de personnes qu'il faudra compter dans les années à venir. Les saignements moraux non maîtrisés de l'Eglise romaine pourraient d'ailleurs amplifier le phénomène.

Pourtant, hormis même la vraisemblance des transes et autres guérisons miraculeuses, ce milieu n'est, comme les autres, pas indemne du côté judiciaire. Ainsi, en avril 2009, ce n'est pas si vieux, le pasteur évangélique qui dirigeait l'ASBL "BrasilEuro", assez en vue et dont le siège social s'ancrait au boulevard du Midi à Bruxelles, avait été placé sous mandat d'arrêt et inculpé des chefs d'escroquerie, d’utilisation de main d’œuvre étrangère illégale et de blanchiment d'argent. C'est que, là comme ailleurs, l'argent semble être le vrai moteur des choses.

 

  • Venons-en enfin aux sectes "classiques", qu'on connaît de longue date. Leur avenir me paraît sombre. A mon sens, plusieurs facteurs entrent en jeu :

 

  1. leurs préceptes sont devenus non-croyables : les temps ont changé d’une part et certains de leurs préceptes, qui étaient auparavant largement inconnus sont venus au jour. Et dès lors, ils ne sont plus croyables. Ils ne sont pas incroyables, non, ils ne sont plus croyables.  Un jeune type de 20 ans, 30 ans, ou même de 40 ou 50 ans ne peut plus croire à toutes ces histoires ;

 

  1. 2) la lutte que mènent la police, la Sûreté de l'Etat et la justice : la lutte que mène la police fédérale, très bien en Belgique, la Sûreté de l’Etat, très bien en Belgique, et la justice, moyennement mal chez nous. Pourquoi ? Ce n’est pas vraiment de sa faute, elle fait son travail, mais le principe général, c’est que les gens ne sont pas coupables, par principe. Où se situe la différence entre la liberté de conscience et le fait d’appartenir et d’être actif dans une secte nuisible ? Contrairement à ce que les victimes voudraient, on ne peut pas les arrêter comme ça, d’un claquement de doigts. On est en démocratie. Il faut respecter les règles. Et, pour répondre à un sentiment général exprimé par plusieurs personnes, oui cela prend du temps. Oui, il y a du délai. D’abord le temps de l’enquête. Les sectes c’est secret, il faut les pénétrer. Demandez à n’importe quel policier ou un agent de la Sûreté de l’Etat, cela ne se fait pas en un jour et demi. Quand vous sortez, que vous découvrez que vous étiez dans un monde sectaire et que vous déposez plainte, vous vous exprimez. Le lendemain, on ne peut pas aller arrêter le type comme ça, sauf flagrant délit pour des choses abominables.

Il faut savoir que tout s’est fortement rallongé parce que les avocats spécialisés sont devenus de plus en plus procéduriers et s’appuient sur des procédures plus ou moins récentes comme celles dites Franchimont, qui donnent beaucoup plus de droits aux inculpés. Ca veut dire que quand le policier a fini son travail, que le parquet a demandé qu’on juge telle ou telle personne, et entre ce moment-là et le moment du procès, il va vous falloir compter sur ce qu’on appelle le règlement de la procédure, à savoir d’abord la Chambre du conseil, où le mouvement sectaire peut, c’est son droit, demander des devoirs d’enquête complémentaire, et à supposer que le juge d’instruction refuse, le mouvement peut faire appel de cette décision de refus. A supposer ensuite que cela soit accepté il faut encore donner le temps au juge d’instruction pour mener ces nouveaux devoirs. La Chambre du conseil prend alors sa décision, une demande de renvoi. Et aussitôt, un appel du mouvement sectaire en chambre des mises en accusations, c’est-à-dire la cour d’appel, avec possibilité de demander de nouveaux devoirs complémentaires, et la possibilité de faire appel d’un nouveau refus, etc. Chaque fois, à chaque décision, il y a possibilité d’en rajouter une couche, et d’aller en cour de cassation. Ce qui veut dire qu’on peut arriver à 12 décisions entre le moment où le policier a fini son travail et le moment du procès éventuel, ce qui prend un temps fou évidemment.

 

 

  1. 3) l'évocation de leurs pratiques dans la presse

 

Donc, les trois motifs pour lesquels je pense que les sectes classiques sont déjà et seront encore plus en perte de vitesse, ce sont, en résumé, les préceptes de « non croyables », de la lutte des autorités policières et judiciaires, et enfin, de l’évocation de tout cela dans la presse, ce qu’on voyait beaucoup moins voici 30 ans parce que ce n’était pas très porteur et, il faut l’avouer, parce qu’on ne savait pas non plus tout.

 

Parce que c'est l'une des plus visibles dans notre pays, où elle est présente depuis 1973 pour autant que je sache, prenons l'exemple de l'Eglise de Scientologie :

 

En 1973, tout d’abord, pour l’église de scientologie comme pour d’autres, on ne savait pas, on n’était pas attentifs, on ne voyait rien dans la presse. J’ai recherché en vain des éléments dans la presse de l’époque. Elle sera épinglée dans les travaux de la commission d’enquête parlementaire  en 1996-1997, où on disait par exemple, et je cite : « On constate que certaines sectes tendent à s’introduire dans les écoles, par la diffusion de vidéocassettes, ou la présentation de programmes de formation. Ceci est particulièrement caractéristique de l’église de scientologie. » Je cite plus loin, « Certaines professions, les psychiatres et les journalistes », mais je ne sais si ces deux professions sont citées lors des travaux de la commission ou par ma source, « sont systématiquement noircis, notamment par les scientologues. » Il faut se souvenir, pour l’anecdote et pour situer quand même la dangerosité, que le fondateur de la scientologie Ron Hubbard, avait édicté que « celui qui s’oppose à la scientologie peut être l’objet d’une propagande noire, être privé de propriété, blessé par tous les moyens et on peut le tromper, le poursuivre en justice, lui mentir et le détruire ». Voilà un beau programme !

 

Je dois véritablement dire que les scientologues, à ma connaissance, ne mettent plus ce genre de menaces en œuvre, et que leur mode de fonctionnement s’est éloigné de ces graves extrêmes.

 

Malgré le fait que l’église de scientologie ait été citée lors des travaux de la commission d’enquête parlementaire et abondamment dans la presse par la suite, elle a, en apparence, renforcé sa position ces dernières années, par l’acquisition de nouveaux immeubles à Bruxelles.

 

En septembre 2003, elle établit son bureau européen des affaires publiques et des droits de l’homme – il faut comprendre ses droits de l’homme à elle. Un bureau luxueusement et fort joliment aménagé rue de la Loi, à quelques encablures des institutions européennes qui sont, selon plusieurs sources, l’objet d’un lobbying intense de sa part. C’est là que ça se joue, évidemment.

 

Plus fort, plus grand, plus cher, en janvier 2010 c’est l’inauguration du « Ciel des églises pour l’Europe », Boulevard de Waterloo, toujours à Bruxelles, sur 9.400 m² ! Tout cela à quelques centaines de mètres du Palais de justice. Et ce ne serait pas tout. Agnès Bron, une Française chargée de relations publiques pour la scientologie en Belgique, disait à ce moment, et je vous cite madame (NDR : Agnès Bon étant présente dans le public du colloque) : « On a déjà racheté les bâtiments ».

 

Moi, ce pari là, il me semble bien risqué. D’abord à cause de la crise des vocations. La scientologie peut-elle encore convaincre alors que ses préceptes sont maintenant connus ? A qui peut-on faire croire qu’on puisse devenir un tétant opérationnel libéré par la scientologie d’une influence extraterrestre malveillante venue sur terre voilà 75 millions d’années. Des tétants immortels, capables d’à peu près tout, comme traverser les murs. Bien non, ce genre de message, entre Goldorak et Capitaine Flamme, ça ne passe plus ! Ni chez les 20 ans, ni chez les 30 ans, ni même chez les cinquantenaires.

 

Par ailleurs, si les scientologues belges se sont longtemps laissés évaluer à quelque 5 ou 6.000 (ce n'est pas leur mensonge, l'exagération qu'ils n'ont pas démentie provient d'ailleurs), ce nombre me paraît très surfait. Au mieux, ils sont à mon sens quelques centaines, disons trois cents, de surcroît avec très peu de "permanents".

 

L'autre hic, pour la Scientologie belge, est qu’en 1999, le juge d'instruction bruxellois Jean-Claude Van Espen menait perquisition en leurs locaux. Avec les travaux complémentaires de son collègue Michel Claise, son enquête allait conduire le Parquet fédéral belge à tracer, au mois de septembre 2007, un réquisitoire extrêmement sévère contre l'"Eglise" et certains de ses dirigeants. Les préventions retenues sont éloquentes :

 

- extorsion

- escroquerie

- exercice illégal de la médecine

- entrave à la pratique de la médecine

- non-assistance à personne en danger

- infractions à la loi sur le commerce

- infractions sur le respect de la vie privée

- association de malfaiteurs et organisation criminelle !

 

Bien sûr, tous sont présumés innocents. Mais les magistrats de l'affaire sont réputés sérieux. Pour ma part, j'affirme que, si les Scientologues étaient acquittés parce qu'ils ne seraient pas tombés du mauvais côté du droit commun, je l'écrirais en grand dans mon journal et que jamais plus je n'en parlerais. La liberté de conscience a ses droits. En revanche, s'ils devaient être condamnés, je me réserverais d'en expliquer largement les travers. Dura lex, sed lex.

 

En tout cas, le procès à venir sera crucial pour la Scientologie, parce que ce sont ses pratiques essentielles qui pourraient être dites illégales. Cela mettrait sans doute fin à tout recrutement, à tout entretien de dossiers d'adeptes. Un genre d'hiver nucléaire pour cette organisation, en tout cas en Belgique. Alors que sa stratégie de lobbying européen passe par Bruxelles...

 

Bref, j'en termine. Ces sectes "classiques" semblent grandement décrédibilisées, car nombre des remarques formulées ici sont transposables aux autres. Et cela ne va pas s'arranger pour elles, car la Belgique, qui avait innové dans le très bon sens en fondant le CIAOSN dont on vous a déjà parlé – une vraie réussite ! -, vient de lancer sur ses rails la loi sur l’abus de faiblesse et l’extension de la protection pénale des personnes vulnérables, laquelle doit beaucoup à l'énergie d'André FREDERIC. Il est d'ailleurs grand temps de la voir se concrétiser car plusieurs observateurs pensent que, compte tenu de la communauté de langue qui nous unit à la France, une migration des sectaires en tout genre peut avoir lieu vers la Belgique. Parce que la loi About-Picard, que tous connaissent ici, s'est révélée efficace en rendant le sol français plus dangereux pour les gourous.

 

Mesdames, Messieurs, j'en resterai là mais pas sans vous remercier de m'avoir écouté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. V. CONCLUSION

 

 

 

Conclusion de Yvan Mayeur :

 

Les sectes sont nuisibles à la santé, je pense que tout le monde a bien compris quelles grandes conclusions philosophiques ont pouvait tirer à l’issue de ce colloque.

 

Pour ma part, je voudrais ressortir quelques grandes lignes de tout ce qui a été dit.

 

D’abord peut-être une anecdote pour compléter le propos de Roland Planchar. Le siège de la scientologie à Bruxelles se trouve à 500 mètres du CPAS de Bruxelles qui a d’énormes problèmes de locaux et qui a été approché pour acheter ce bâtiment. Je n’ai pas été en mesure, faute de moyens suffisants, d’acheter ce bâtiment alors qu’on a besoin de locaux mieux adaptés et modernes. C’est dire qu’il faut de l’argent et qu’un pouvoir public important comme le CPAS de Bruxelles, mais c’est vrai tant à Liège qu’à Verviers et ailleurs, n’a pas lui les moyens d’acheter un bâtiment que l’église de scientologie peut se payer. C’est un fait, pas un jugement, mais cela démontre le rapport de force qui peut parfois exister dans une société entre les institutions publiques qui sont là pour venir en aide aux personnes pauvres et la réalité de certains mouvements sectaires qui eux peuvent mobiliser des moyens considérables.

 

Le maître mot de cette journée, c’est le mot victime, et on y a évidemment consacré la journée. Et on a constaté des différences : la laïcité de la France n’est pas la même que celle pratiquée en Belgique en matière de cultes reconnus. Par contre, les pouvoirs publics, comme en France, veulent s’appuyer sur des associations d’aide aux victimes, et c’est évidemment la volonté que nous avons, André Frédéric et moi-même, au-delà de la législation qui va évoluer grâce à la loi sur l’abus de faiblesse et le travail qu’il a accompli, de mettre sur pied une association d’aide aux victimes, c’est essentiel.

Parce que les notions d’abus, de délits, de crimes, ce que vous avez décrits, ce que vous avez connus, sont déjà sanctionnables dans la loi en tant que tel. Ce qui manque, c’est le liant sectaire quand il intervient comme facteur aggravant, pour une personne à titre individuel, mais certainement pour un groupe d’individus qui sont alors captés dans cette logique-là.  Et cet ingrédient là, il faut l’intégrer dans la législation, non seulement quand c’est l’œuvre de groupes, mais quand on l’a dit, effectivement, quand c’est l’œuvre d’individus. Et je suis d’accord. Je pense que l’évolution socio-économique de notre pays, la fragilité des carrières professionnelles, va pousser des gens vers des causes, des psycho-machins, qui vont tenter de résoudre ce qui tout compte fait est culpabilisant. On est renvoyé à soi-même quand on est chômeur, malade. Et ce facteur culpabilisant pousse chaque individu à aller rechercher quelqu’un qui est une canne à côté de lui pour l’aider à avancer, cette canne ça peut être un coach, un psy, que sais-je ; même s’il y a des psys évidemment qui font un excellent travail, et j’ai d’ailleurs déposé une proposition de loi pour tenter de reconnaître et organiser la profession de psychothérapeute, mais sur ce thème-là nous n’obtenons malheureusement pas encore de majorité au Parlement.

 

Il faut faire évoluer la législation, l’abus de faiblesse c’est acquis. Pour l’activité individuelle sectaire, je pense qu’effectivement c’est une recommandation qu’il faut introduire dans notre loi et soutenir les associations d’aide aux victimes, avec des moyens, parce que je retiens dans les témoignages personnels qui ont été livrés aujourd’hui un paradoxe, qui est normal, mais qu’il faut entendre : vous nous avez expliqué un parcours de 15 ans d’emprise sous le Père Samuel, mais peu importe sous l’emprise de qui, mais c’est donc un processus long d’emprise mentale.  Et puis au moment où vous vous réveillez, et c’est logique, vous souhaitez qu’en 15 jours la justice soit rendue à l’égard des ces sectes nuisibles.

C’est une image, mais évidemment il n’y a pas de bonne justice dans la précipitation, c’est clair, c’est important aussi pour les victimes, c’est important aussi pour le droit des accusés qui restent innocents jusqu’à une condamnation.

L’entretemps pour que l’œuvre de bonne justice se fasse convenablement, l’entretemps de la réponse de l’accompagnement des victimes ce sont des associations bien dotées d’aide aux victimes. Je pense que le chaînon manquant entre le désir d’assouvir la réparation, la reconnaissance judiciaire et le moment où cela intervient, c’est l’association d’aide aux victimes qui peut venir en aide aux personnes et déjà apporter des réponses importantes.

 

Un autre grand thème dans les sectes, qui est difficile à gérer, c’est tout ce qui à trait à la santé des personnes et l’abus en cette matière.

C’est très difficile parce qu’en Belgique nous avons une loi sur le droit des personnes qui autorisent chaque patient, conscient, à refuser des soins. C’est la loi que nous avons votée sur le droit des patients. Je ne l’ai pas votée, un certain nombre d’acteurs de la commission de la santé ne l’ont pas votée, parce que nous la trouvons beaucoup trop lâche, par rapport à la faiblesse de beaucoup d’individus.

Et nous avons cité moult exemples de lavage de cerveaux, de manipulation, de discours construits, cohérents et déstabilisants, y compris à l’égard des malades qui renvoient vers eux-mêmes la responsabilité de leur pathologie, ce qui est évidemment injuste. Et qui leur font croire à un soulagement au travers de l’adhésion aux préceptes de la secte.

La difficulté par rapport à cela tient aussi dans l’actualité qui touche non pas les sectes, des petits groupuscules nuisibles, mais ce qui est reconnu en Belgique comme une grande religion, comme faire croire que Jean-Paul II a soigné par miracle un patient atteint d’Alzheimer, et qu’on le canonise rapidement pour cela c’est clairement de l’abus.

Et c’est une insulte, parce que si en effet il est capable de faire ça, pourquoi ma belle-mère qui a souffert d’Alzheimer et qui en est morte n’a pas pu en profiter ? S’il a cette connaissance il a le devoir, en tant qu’être humain de la partager avec l’ensemble des êtres humains. Evidemment c’est faux, c’est inadmissible, mais comme c’est le fait d’une religion reconnue, financée, à l’échelle mondiale, qui n’est pas une secte, ou alors comme disait l’autre une secte qui a réussi.

Comment, alors, lutter contre les petits margoulins qui vous font croire qu’ils vont vous guérir d’un cancer, avec un gros spot dans la figure ?

Il y a là évidemment quelque chose qui ne va pas, qui est de l’ordre de l’abus aussi, et bien entendu sur ces thèmes là on ne sait pas légiférer, il faut dire les choses telles qu’elles sont, le politique n’est pas en mesure d’agir dans ce cadre-là, contre ces dérives-là.

 

Ce qui est en jeu, comme Madame Degen l’a dit, c’est cette espèce de liberté religieuse que je viens de décrire jusqu’à l’absurde, face à la liberté de penser.

C’est là tout l’enjeu de ce combat contre les sectes et contre les groupements nuisibles. L’ambition que nous avons eue au parlement, avec André FREDERIC et avec d’autres, de soutenir une législation enfin en Belgique par rapport à cette situation, c’est évidemment non pas la volonté de se mettre en avant sur un thème, parce qu’on doit choisir un thème et surfer sur l’actualité, c’est un travail lent, qui n’est pas nécessairement populaire dans l’immédiat, mais qui touche de plus en plus de monde.

Il faut qu’un pays démocratique pose des marques dans la loi. La loi ce sont aussi des points de repères pour les individus dans notre société. Et dire, dans notre législation, que cela est inadmissible, que cela peut être poursuivi et sanctionné, c’est faire œuvre, du point de vue du législateur, du placement de poteaux indicateurs qui rendent une société plus lisible quant à la défense des individus et aux objectifs qu’elle se fixe en termes de liberté, de liberté de penser par rapport aux abus et des abus notamment sur les gens en faiblesse, qui sont choqués à un moment de leur vie et pour qui on profite de leur situation pour leur extorquer leurs moyens, extorquer l’essentiel de leur existence.

 

C’est ça le travail que nous voulons faire, en tant que parlementaires. Il ne se limite évidemment pas à cela, il faut que la justice ensuite fasse son œuvre, et que les associations d’aide aux victimes puissent prendre en charge les situations particulières.

 

Je pense que c’est cet arsenal là, complet, qui fait évoluer une société.

 

Je dis ça pour que l’on ne croit pas que c’est uniquement le changement de la loi qui va résoudre le problème, il faut que la justice ait les moyens de travailler, que les organismes publics aient les moyens de fonctionner, il faut que la presse soit libre de dire les choses telles qu’elles se passent. Et il faut aussi, c’est nouveau dans notre arsenal, et on doit l’accepter, que des associations d’aide aux victimes puissent entretemps faire le lien entre les individus.

 

Je pense que c’est ça qui traverse la journée de ce colloque, ce qui en était en tout cas l’intention principale.

 

 

 

 

 
Beau Succès pour la 1ière édition de la Foire du Livre "Enfance & Jeunesse" organisée les 20 et 21 octobre 2012 à THEUX PDF Imprimer Envoyer

FOCUS : Beau succès pour la première édition de la Foire du livre spécialisée « Enfance- Jeunesse » organisée au Centre culturel de Theux le week end des 20 et 21 octobre 2012

 

La régionale PAC (PRESENCE ET ACTION CULTURELLES) de Verviers, sa section locale de Theux, avec le soutien du centre culturel et la bibliothèque locale organisaient leur première édition de la Foire du livre spécialisée « Enfance-Jeunesse » à THEUX les 20 et 21 octobre derniers. A cette occasion, plus d’une dizaine d’exposants avaient répondu présents au rendez-vous : illustrateurs, auteurs, maisons d’édition et librairies spécialisées, venus de toute la Communauté française et l’arrondissement. Tous très heureux de pouvoir partager leur passion pour le livre dédié aux plus jeunes.

Le soleil radieux de cet été indien n’a pas été un obstacle pour ces familles, venues très nombreuses découvrir les richesses de la littérature enfantine et jeunesse. Plusieurs exposants proposaient, outre leurs ouvrages, de découvrir leur passion pour le livre et l’illustration, en animant des ateliers spécifiques : dessins, bricolages, ateliers d’écriture…

Plusieurs groupes issus de l’opération « Place aux enfants » organisée le samedi 20 par la commune de Theux ont d’ailleurs apprécié venir à la rencontre de métiers peu connus, tels que ceux d’illustrateurs, d’auteurs, de romanciers, d’écrivains publics.

Sans oublier les séances de dédicaces proposées par Monsieur LILO, illustrateur, le samedi après midi, autour de son dernier livre « Dessine-moi un musée » et de Philippe JARBINET, autour de la collection de BD « Airbone 44 » le dimanche après midi, qui ont toutes deux remportés un vif succès, puisque plusieurs collectionneurs ont poussés la porte du centre culturel de Theux, à cette occasion unique.

Au vu du succès de cette première édition, la Régionale PAC Verviers et sa dynamique section locale de THEUX sont bien décidés à proposer cet événement culturel chaque année à l’occasion de la Fureur de Lire, au mois d’octobre, ceci afin également de fidéliser un public autour de la découverte des livres dédiés aux enfants, aux adolescents et jeunes adultes.

MERCI A TOUS LES EXPOSANTS et au public venu nombreux et qui ont permis de faire de cette première édition de la foire du livre spécialisé « enfance & jeunesse » un véritable succès de foule !

 

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